Longtemps considérées comme un simple déchet après l’Aïd El-Adha, les peaux de moutons prennent aujourd’hui une valeur stratégique pour l’économie algérienne. Portée par une campagne nationale de sensibilisation, leur récupération progresse fortement, au point de devenir un outil clé pour soutenir l’industrie du cuir et réduire les importations.
Une nette progression de la récupération des peaux en Algérie
À l’approche de l’Aïd El-Adha, le ministère de l’Industrie relance pour la septième année consécutive sa campagne nationale de collecte des peaux de sacrifice. Cette initiative vise à renforcer l’approvisionnement des tanneries et des unités industrielles en matières premières locales de meilleure qualité.
Les résultats enregistrés ces dernières années témoignent d’une évolution notable. Selon les chiffres présentés par Mokdad Aggoun, chargé de synthèse et d’études auprès du ministère de l’Industrie, seuls 16 % des cuirs collectés répondaient aux standards d’exploitation industrielle en 2018. En 2025, ce taux a atteint 36 %. Pour 2026, les autorités ambitionnent désormais de franchir un nouveau palier avec un objectif compris entre 45 % et 50 % de peaux directement exploitables par les unités de transformation.
Une mobilisation collective pour améliorer la qualité des cuirs
Le succès de cette opération repose sur une organisation impliquant plusieurs institutions publiques et acteurs de terrain. Le ministère de l’Industrie coordonne cette campagne avec différents départements, notamment ceux de l’Intérieur, des Affaires religieuses, de l’Environnement, de la Santé et de l’Agriculture.
La société civile joue également un rôle central dans cette dynamique. Les associations et les Scouts musulmans algériens participent activement aux actions de sensibilisation destinées aux citoyens, notamment autour des bonnes pratiques d’écorchage, de conservation et de salage des peaux après le sacrifice. L’objectif est d’améliorer la qualité des matières récupérées afin de maximiser leur intégration dans les circuits industriels nationaux.
Réduire les importations et renforcer la souveraineté industrielle
Au-delà de la collecte elle-même, cette démarche s’inscrit dans une stratégie plus large de développement industriel et de valorisation des ressources locales. En augmentant la part de cuir produit à partir de matières premières nationales, l’Algérie cherche à limiter sa dépendance aux importations de produits semi-finis et manufacturés.
Le secteur du cuir apparaît ainsi comme un levier important dans la diversification économique du pays. La transformation des peaux issues de l’Aïd El-Adha permet non seulement de réduire le gaspillage, mais aussi de créer davantage de valeur ajoutée locale. Ce qui relevait autrefois d’un résidu sans usage devient progressivement une ressource industrielle capable de soutenir la production nationale et de consolider les ambitions de souveraineté économique du pays.