À l’approche de l’Aïd el-Adha 2026, les prix de moutons et de chèvres locales continuent de grimper en Algérie. Sur les marchés aux bestiaux, les échanges entre éleveurs et acheteurs témoignent de cette tendance, notamment pour les chèvres.
Des prix élevés pour les chèvres
Un jeune éleveur, présent sur un marché intérieur, propose une douzaine de chèvres à la vente. Interrogé sur le coût, il annonce un prix de 5,3 millions de centimes (53 000 DA) pour chaque animal pesant 25 kilos. Ce chiffre est jugé élevé, surtout dans un contexte où les éleveurs ont bénéficié de conditions climatiques favorables, avec un hiver et un début de printemps pluvieux, propices à la croissance de l’herbe et à une moindre dépendance à l’orge et au son. Les pâturages du pays ont reverdi, améliorant les conditions d’élevage. Dans la wilaya de Batna, un agriculteur a remarqué qu’il ne se souvenait pas avoir observé des pluies aussi abondantes en mars depuis des années. À El Menéa, un responsable agricole souligne l’augmentation des tarifs pour les brebis reproductrices et les béliers. Selon son constat, cette hausse est un signe positif de la santé des éleveurs qui choisissent de reconstituer leurs troupeaux plutôt que de les liquider en raison de la sécheresse.
Dynamique de l’offre et de la demande de moutons
Dans l’Ouest du pays, où la sécheresse est fréquente, un rapport indique que le barrage d’Oued Taht à Mascara a atteint son niveau maximal. Dans la wilaya de Béchar, la terre commence à reverdir, apportant satisfaction aux éleveurs. Dans les régions steppiques, des camions transportent des moutons vers des zones prédéfinies pour des tribus. Le ministère de l’Agriculture a également intensifié ses efforts pour fournir aux éleveurs des aliments, tels que de l’orge et du son, afin de soutenir leur production. Malgré la reprise de la végétation printanière et une meilleure disponibilité en fourrages naturels, la situation demeure tendue. La spéculation sur les prix, à l’approche de l’Aïd el-Kebir, contribue à l’augmentation des tarif.
Défis de la production fourragère
La forte spéculation n’est pas la seule explication de l’inflation des prix des moutons et des chèvres. Les fourrages issus des parcours steppiques et des terres en jachère ne suffisent pas pour nourrir les cheptels dans les hauts plateaux. Les superficies dédiées à ces cultures sont vastes, mais les initiatives de plantation d’arbustes fourragers restent encore en deçà des attentes, étant limitées aux projets du Haut-Commissariat au Développement de la Steppe (HCDS) et des services des Forêts, sans l’implication active des éleveurs. En ce qui concerne les jachères pâturées, bien qu’il y ait une légère augmentation des superficies en fourrage, la plupart génèrent des plantes sauvages de faible valeur nutritionnelle. Historiquement, des experts avaient déjà souligné que les brebis dans ces conditions pouvaient perdre du poids, difficulté qui ne se résorbe généralement qu’après la récolte des céréales.
Il est primordial que les éleveurs évoluent vers des pratiques agro-pastorales en cultivant eux-mêmes les fourrages nécessaires à leurs animaux. Lorsque l’irrigation est mise en place, la production de fourrages s’améliore, mais tous les terrains ne peuvent pas être irrigués. Les services agricoles doivent élaborer des solutions qui optimisent la production de fourrages durant la période pluvieuse pour équilibrer l’élevage face à l’augmentation des prix. Face à ces défis, l’Algérie a pris la décision d’importer un million de moutons pour permettre à la population d’effectuer le rituel du sacrifice lors de l’Aïd, avec un prix garanti à un maximum de 50 000 DA pour les moutons importés.