Un vaste scandale financier vient d’être mis au jour en Algérie, impliquant le détournement de près de 1.000 milliards de centimes au sein de la société United Tobacco Company (UTC). Suite à une enquête de trois mois menée par le Service central de lutte contre le crime organisé de Shaoula à Alger, dix personnes ont été placées sous mandat de dépôt. Les autorités ont notamment saisi plusieurs biens immobiliers de luxe en Algérie et en Espagne.
Un réseau criminel démantelé au sein de l’entreprise algéro-émiratie
Les investigations menées par la Direction générale de la sûreté nationale ont permis de démanteler une organisation criminelle opérant depuis l’intérieur même de l’UTC, entreprise spécialisée dans la distribution de produits du tabac. Le préjudice financier total s’élève à environ 10 milliards de dinars algériens, un montant révélé dans un communiqué officiel publié mercredi.
Le dispositif frauduleux mis en place reposait sur un système sophistiqué de commercialisation parallèle. Plusieurs employés de la société enregistraient des produits du tabac dans le système informatique de l’entreprise sans que ces derniers ne soient réellement acheminés vers les points de vente officiels. Les marchandises étaient ensuite écoulées via des circuits clandestins, notamment par l’intermédiaire de grossistes complices.
Un déficit de stock de 500 milliards révélé lors des inventaires
C’est lors des opérations d’inventaire et de vérification des comptes de l’exercice 2025 que l’ampleur de la fraude a été découverte. Les auditeurs ont constaté un manque inexpliqué dans les stocks de cigarettes et autres produits du tabac de diverses marques. La valeur marchande de ces produits manquants atteint approximativement 500 milliards de centimes, prix toutes taxes comprises.
L’enquête approfondie a révélé un second volet du détournement. Les enquêteurs ont identifié un autre déficit de 500 milliards de centimes, cette fois lié à des créances non recouvrées auprès de clients de l’entreprise. Cette double découverte a permis aux autorités d’établir clairement les responsabilités individuelles et de procéder aux arrestations.
Saisie de biens immobiliers de luxe entre Alger et l’Espagne
Le profil des personnes interpellées témoigne de la diversité des acteurs impliqués dans ce réseau. Les forces de sécurité ont arrêté d’anciens directeurs de l’UTC, des responsables actuellement en fonction, ainsi que des employés occupant différentes positions hiérarchiques. Un grossiste spécialisé dans le commerce du tabac figure également parmi les suspects, aux côtés de représentants de sociétés tierces.
L’opération de police a permis de récupérer un patrimoine immobilier et mobilier considérable. Les enquêteurs ont notamment saisi deux villas haut de gamme, dont une située dans la capitale algérienne et une autre sur le territoire espagnol. Six appartements de standing ont également été confisqués, répartis entre cinq wilayas algériennes et l’Espagne.
Un train de vie luxueux alimenté par les détournements
Au-delà des biens immobiliers, les autorités ont mis la main sur un terrain de 900 mètres carrés situé à Jijel. Le patrimoine mobile comprend trois véhicules de luxe, une motocyclette de grosse cylindrée, ainsi que quatre montres prestigieuses de marques internationales. Un fusil de chasse et des liquidités en monnaie nationale complètent l’inventaire des biens saisis.
Ces actifs appartiennent principalement à l’un des principaux suspects, dont le niveau de vie était manifestement incompatible avec ses revenus légaux déclarés. La diversification géographique de son patrimoine, entre l’Algérie et l’Espagne, suggère une stratégie de dissimulation des avoirs acquis illégalement.
Dix suspects écroués pour détournement de fonds publics
À l’issue de l’enquête préliminaire, l’ensemble des prévenus ont été déférés devant le procureur de la République près le Pôle pénal économique et financier de Sidi M’Hamed. Les charges retenues à leur encontre sont particulièrement lourdes et couvrent un large éventail d’infractions économiques et financières.
Les suspects sont notamment poursuivis pour abus de fonction et dilapidation intentionnelle de deniers publics. Les accusations incluent également l’octroi irrégulier d’avantages lors de la passation de contrats, en violation des textes législatifs et réglementaires applicables. Le blanchiment d’argent et de produits criminels en tant que membre d’organisation criminelle figure aussi au nombre des chefs d’inculpation.
Des infractions à la législation sur le contrôle des changes et les mouvements de capitaux transfrontaliers complètent le dossier d’accusation. Cette affaire illustre l’ampleur de la criminalité économique en Algérie et la détermination des autorités à poursuivre les responsables de détournements de fonds publics, quelle que soit leur position hiérarchique.