Le plafond des paiements en espèces va bientôt devenir identique dans tous les pays de l’Union européenne. Dès le 10 juillet 2027, un seuil commun de 10 000 euros s’appliquera à l’ensemble des transactions en argent liquide impliquant un professionnel. Cette mesure vise à renforcer la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme à l’échelle du bloc européen.
Un plafond commun de 10 000 euros pour les paiements en espèces
Le règlement européen 2024/1624 établit une limite maximale pour tout règlement en liquide dans un cadre commercial. Concrètement, aucune transaction dépassant 10 000 euros en espèces ne sera autorisée dès lors qu’un commerçant, une entreprise ou tout autre acteur professionnel est impliqué.
Les échanges entre particuliers, eux, ne sont pas concernés par ce dispositif. Le texte cible en priorité les secteurs à risque élevé : immobilier, véhicules de prestige, yachts, jets privés et autres biens de luxe. Par ailleurs, une obligation d’identification s’appliquera pour tout paiement en liquide supérieur à 3 000 euros. Le vendeur devra vérifier l’identité de l’acheteur ainsi que celle du bénéficiaire final de la transaction.
Une harmonisation qui met fin aux disparités entre États membres
Jusqu’à présent, les règles encadrant les paiements en espèces différaient sensiblement d’un pays à l’autre au sein de l’Union européenne. Certains États appliquaient des seuils élevés, tandis que d’autres maintenaient des restrictions strictes. Ces écarts permettaient aux réseaux criminels de concentrer leurs opérations dans les pays les plus permissifs. Le nouveau règlement supprime ces déséquilibres en instaurant un socle réglementaire commun. Toutefois, les États membres conservent la faculté d’aller plus loin en maintenant ou en adoptant des plafonds nationaux inférieurs à 10 000 euros.
C’est notamment le cas de la France, dont le plafond est fixé à 1 000 euros pour les transactions entre un particulier et un professionnel depuis 2015. Ce seuil, instauré après les attentats de janvier de la même année, restera en vigueur sans modification. Des exceptions existent néanmoins pour les personnes non bancarisées et les touristes étrangers non-résidents, qui peuvent régler jusqu’à 10 000 euros en liquide.
Une nouvelle autorité européenne pour surveiller le respect des règles
L’application de ce cadre réglementaire sera placée sous la supervision d’une instance dédiée, l’Autorité européenne de lutte contre le blanchiment de capitaux, opérationnelle depuis 2025. Installée à Francfort, elle mobilise plus de 400 agents chargés de veiller au respect des nouvelles obligations.
Cette structure dispose de pouvoirs étendus : elle peut intervenir directement auprès des établissements financiers jugés à risque et coordonner l’action des autorités nationales compétentes. Son rôle est central dans la stratégie européenne de démantèlement des circuits financiers illicites.
Le règlement 2024/1624, adopté l’année dernière, entrera pleinement en vigueur le 10 juillet 2027. Il constitue un pilier essentiel du dispositif anti-blanchiment renforcé mis en place par Bruxelles.
Quelles conséquences pour les ressortissants maghrébins en Europe ?
Pour les membres de la diaspora maghrébine résidant dans l’Union européenne, ce changement mérite attention. Les transactions en espèces au-delà de 10 000 euros dans un cadre professionnel — achat de véhicule, bien immobilier ou prestation de service — seront désormais encadrées de manière uniforme dans tous les pays membres.
Les voyageurs en provenance du Maghreb effectuant des séjours en Europe sont également concernés. Tout achat auprès d’un commerçant dépassant ce seuil devra obligatoirement être réglé par virement, carte bancaire ou tout autre moyen de paiement traçable.
Cette mesure s’inscrit dans un contexte où plusieurs pays d’Afrique du Nord renforcent eux aussi leur arsenal législatif contre le blanchiment, sous l’impulsion notamment du GAFI, le Groupe d’action financière internationale.
Ce que change ou ne change pas ce règlement au quotidien
Pour la grande majorité des consommateurs européens, l’impact de cette réforme restera limité. Les achats courants en liquide — courses, restaurants, petits commerces — sont bien en deçà du seuil de 10 000 euros et ne seront pas affectés.
En revanche, pour les transactions importantes impliquant des biens de valeur, les professionnels devront adapter leurs pratiques. Le contrôle d’identité à partir de 3 000 euros représente une contrainte nouvelle pour certains secteurs, notamment le commerce de luxe et l’immobilier.
L’harmonisation européenne des règles sur les paiements en espèces marque une étape importante dans la construction d’un espace financier plus transparent. En supprimant les failles exploitées par les réseaux criminels, l’Union européenne entend renforcer l’intégrité de son système économique à l’horizon 2027.