La coopération entre Paris et Alger sur les laissez-passer consulaires liés aux OQTF a connu un tournant significatif en 2026. Après plusieurs semaines de blocage total, les documents permettant l’éloignement de ressortissants algériens en situation irrégulière ont recommencé à circuler. C’est le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez qui a livré ce bilan, le 7 mai 2026, lors d’une interview sur Europe 1 et CNews.
OQTF et laissez-passer consulaires : un gel total en début d’année
Dès les premiers jours de janvier 2026, la délivrance de laissez-passer consulaires par l’Algérie s’était complètement arrêtée. Sans ces documents administratifs, aucune reconduite à la frontière ne peut être exécutée, rendant les OQTF inopérantes. Ce blocage paralysait de facto les procédures d’éloignement des ressortissants algériens faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire français. Le dossier migratoire franco-algérien se trouvait ainsi dans une impasse totale à l’aube de l’année. La situation avait cristallisé les tensions dans le débat politique en France, certains responsables réclamant des mesures de pression plus fermes envers Alger. Ce contexte délicat a poussé Laurent Nuñez à se rendre personnellement en Algérie au mois de février.
Le déplacement à Alger comme point de bascule
La visite du ministre de l’Intérieur à Alger, à la mi-février 2026, a constitué le premier acte concret de déblocage de ce dossier sensible. Laurent Nuñez y a défendu une approche fondée sur le dialogue entre deux États souverains, plutôt que sur la confrontation directe. Ce déplacement n’a pas manqué de susciter des critiques en France. Plusieurs voix politiques ont dénoncé une posture jugée trop accommodante vis-à-vis des autorités algériennes. Le ministre a balayé ces reproches, affirmant que la logique d’affrontement n’avait produit aucun résultat concret. Pour lui, l’enjeu était clair : sortir d’une impasse administrative qui paralysait les procédures d’expulsion, tout en préservant un canal diplomatique fonctionnel entre les deux pays sur les questions migratoires et sécuritaires.
Plus de 140 laissez-passer délivrés depuis la reprise
Les résultats chiffrés communiqués par Laurent Nuñez illustrent la reprise progressive de la coopération consulaire. Depuis son retour d’Alger, plus de 140 laissez-passer ont été transmis par les autorités algériennes aux services français compétents. Ce volume marque la fin d’un gel qui avait duré depuis le 1er janvier 2026. Chaque document délivré ouvre la voie à une reconduite effective, puisque l’exécution d’une OQTF nécessite impérativement un titre d’identité ou un laissez-passer émis par le pays d’origine du ressortissant concerné.
Le ministre a lui-même tempéré l’enthousiasme en reconnaissant que ces chiffres restaient insuffisants au regard du nombre total de mesures d’éloignement en attente. Il a toutefois insisté sur le fait que la dynamique était relancée, ce qui constitue en soi une avancée après des semaines de paralysie.
Une diplomatie migratoire fondée sur le dialogue exigeant
Laurent Nuñez a clairement revendiqué l’abandon de la stratégie de bras de fer avec Alger. Selon lui, l’opposition frontale entre les deux gouvernements n’avait débouché sur aucune avancée opérationnelle dans la gestion des flux migratoires irréguliers. Il a défendu à la place une relation bilatérale de nature pragmatique, dans laquelle les exigences françaises s’expriment dans le cadre d’une discussion continue plutôt que d’une pression unilatérale.
Cette posture s’inscrit dans une vision plus large des relations franco-algériennes, régulièrement marquées par des alternances de tensions et de rapprochements. Sur le plan régional, la question des reconduites à la frontière reste un point de friction récurrent entre plusieurs pays du Maghreb et les États européens. L’Algérie n’est pas la seule concernée, mais le volume de sa diaspora en France en fait un partenaire incontournable dans ce dossier.
Les vols groupés, prochaine étape des négociations bilatérales
Au-delà des laissez-passer consulaires, le ministre de l’Intérieur a évoqué un second chantier en cours de négociation avec Alger : l’organisation de vols groupés dédiés aux reconduites. Ce mécanisme permettrait d’augmenter significativement le nombre d’éloignements effectifs. Les vols collectifs constituent en effet un levier opérationnel majeur. Ils permettent de mutualiser les moyens logistiques et d’accélérer l’exécution des décisions d’expulsion, bien au-delà de ce que permettent les laissez-passer obtenus individuellement.
Laurent Nuñez n’a pas précisé de calendrier pour aboutir sur ce dossier, mais en a fait une priorité explicite pour les prochaines semaines dans les échanges avec les autorités algériennes. La reprise des laissez-passer consulaires semble donc n’être qu’une première étape d’un processus de normalisation plus large de la coopération migratoire franco-algérienne en 2026.