L’extradition vers l’Algérie d’un ancien homme d’affaires influent est désormais entre les mains de la justice espagnole. Ayoub Aïssiou, ex-propriétaire de la chaîne de télévision El Djzairia One, a été interpellé sur le sol espagnol après le dépôt d’une demande formulée par Alger. La procédure devra franchir plusieurs étapes judiciaires avant qu’une décision politique définitive ne soit tranchée.
Réfugié en France depuis 2019, où il bénéficiait du statut de demandeur d’asile, cet ancien patron de médias avait récemment rejoint ses proches installés à Miami Platja, dans la province de Tarragone. Les forces de l’ordre l’ont arrêté dès son entrée sur le territoire, avant qu’il ne soit présenté à un magistrat et placé en détention provisoire.
Une arrestation déclenchée par la requête d’Alger
La demande d’extradition n’est pas récente : elle avait été lancée plusieurs semaines avant l’interpellation de l’intéressé. Les autorités algériennes ont transmis leur requête diplomatique le 3 juin 2026, en s’appuyant sur un mandat d’arrêt émis le 9 avril de la même année.
Ce mandat émane d’un juge d’instruction du tribunal d’Alger spécialisé dans le traitement des dossiers économiques et financiers. Il visait spécifiquement Ayoub Aïssiou dans le cadre d’affaires liées à la gestion présumée frauduleuse de patrimoine.
Côté espagnol, l’exécutif a donné son feu vert à la poursuite du processus judiciaire. Cette validation a été formalisée par une décision certifiée le 29 juin 2026, sous la signature de Félix Bolaños, ministre de la Présidence, de la Justice et des Relations avec les Cortes.
Des accusations financières au cœur du dossier judiciaire
La requête algérienne repose sur plusieurs chefs d’accusation d’ordre financier. Y figurent notamment la complicité de faux en écriture publique, l’usage de faux documents ainsi que le blanchiment de capitaux commis en bande organisée.
D’après les éléments versés au dossier, les soupçons portent sur l’emploi supposé de procurations notariales falsifiées. Ces documents auraient servi à administrer des biens immobiliers puis à expatrier à l’étranger les revenus tirés de ces transactions.
Une défense qui dénonce une manœuvre politique
Ayoub Aïssiou et ses conseils rejettent fermement l’ensemble de ces accusations. Ses avocats estiment que la démarche revêtirait un caractère politique et rappellent le statut de demandeur d’asile obtenu par leur client en France.
La défense s’appuie également sur le principe de non-refoulement. Cette règle du droit international interdit de renvoyer un individu vers un État où il risquerait de subir des persécutions ou des traitements dégradants.
Une décision finale qui relève encore de Madrid
C’est l’Audiencia Nacional, juridiction compétente en matière d’extradition, qui devra désormais peser les arguments des deux camps. Les juges vérifieront si les faits reprochés sont bien répréhensibles dans les deux pays concernés.
Les magistrats examineront aussi la solidité des garanties juridiques offertes ainsi que le respect des engagements internationaux souscrits par l’Espagne. Cette analyse conditionnera la suite donnée à la requête d’Alger.
Même en cas d’aval judiciaire, le transfert de l’homme d’affaires vers l’Algérie ne serait pas automatique. Le dossier remonterait ensuite devant le Conseil des ministres espagnol, seul détenteur de la décision finale sur l’exécution effective de l’extradition.
Un précédent qui pèse sur la coopération judiciaire
Cette affaire s’inscrit dans un contexte où Madrid a déjà eu à traiter des demandes comparables émanant d’Alger. Au début de l’année 2026, l’Audiencia Nacional avait ainsi refusé d’extrader l’ancien sénateur algérien Abdelkader Djedei.
Ce précédent illustre les tensions récurrentes autour des transferts judiciaires entre les deux rives de la Méditerranée. La coopération pénale entre l’Espagne et l’Algérie demeure marquée par des considérations à la fois juridiques et diplomatiques.
Le dossier Aïssiou apparaît donc comme un nouvel indicateur de l’état des relations judiciaires entre les deux capitales. Son issue dira si les canaux de coopération entre l’Espagne et l’Algérie parviennent à fonctionner malgré les divergences persistantes.
