La pâtissière franco-algérienne Fatima Aouad, plus connue sous le nom de Tema’s Cake, incarne aujourd’hui une réussite entrepreneuriale spectaculaire. Pourtant, derrière cette ascension se cache un parcours marqué par les obstacles, les préjugés et une stigmatisation liée à ses origines et à son voile.
Tema’s Cake, une réussite bâtie sur la persévérance
Aujourd’hui, l’enseigne compte huit boutiques réparties dans Paris et sa région, ainsi qu’une adresse à Dubaï. C’est d’ailleurs dans cette ville des Émirats que la pâtissière franco-algérienne réside depuis trois ans avec sa famille.
En France, chaque inauguration se transforme en véritable évènement populaire. Des foules considérables patientent parfois durant des heures pour découvrir les célèbres trompe-l’œil, la spécialité qui a fait la renommée de la maison.
Des débuts très difficiles à l’arrivée en France
Âgée de 40 ans, Fatima Aouad est revenue sur ses premières années éprouvantes en France. Arrivée à 14 ans, elle se heurte à la barrière de la langue, qui la contraint à redescendre d’une classe à l’école.
Ce recul scolaire constitue un premier revers pour cette élève brillante en Algérie, qui rêvait de devenir médecin. « Ici, c’était un échec. Je me suis accrochée jusqu’au bac, mais je ne l’ai pas eu », confie-t-elle. Elle s’oriente alors vers l’esthétique pour sa première expérience professionnelle.
La naissance d’une vocation pour la pâtisserie
Fatima Aouad ne tarde pas à suivre sa véritable passion. En 2010, elle se lance dans le tiramisu halal, sans alcool, puis conçoit des buffets d’anniversaire aux couleurs des Minions. Le succès est immédiat.
Face à l’afflux des commandes, elle décide de transformer le garage de son pavillon situé à Noisy-le-Sec, en Seine-Saint-Denis, en un véritable laboratoire. Elle y confectionne des pièces montées et des tables entières de desserts destinées aux mariages.
« Une musulmane qui propose de la pâtisserie française… c’est pas passé »
Si l’activité progresse rapidement, elle suscite l’agacement du voisinage. Excédés par les allées et venues dans l’impasse, certains riverains alertent régulièrement les forces de l’ordre. « J’étais la seule voilée de la rue, ça a posé problème, bien sûr », déplore la cheffe d’entreprise.
L’ouverture de sa première boutique physique, en 2018 au Pré-Saint-Gervais, ne met pas fin aux tensions. Elle subit alors une série d’actes malveillants : pneus crevés, terrasse jamais autorisée et vitrine fracassée.
« Imaginez, une musulmane qui propose de la pâtisserie française et anglaise… C’est pas passé », résume-t-elle. Contrainte de revenir à son garage, elle finit par ouvrir sa boutique emblématique à Aulnay-sous-Bois, face à la gare du RER.
Une période de crise et de burn-out
La crise sanitaire du Covid-19 marque un tournant particulièrement sombre. Les mariages annulés entraînent la disparition des commandes, l’accumulation des dettes et une multiplication des contrôles d’hygiène.
À cette période s’ajoutent une nouvelle vitrine détruite à coups de marteau, la maladie de son époux et le décès de sa grand-mère. L’épuisement professionnel finit par la rattraper.
Un salon de thé qui génère 1,8 million d’euros de chiffre d’affaires
Encore inconnue du grand public, la pâtissière franco-algérienne publie sur ses réseaux sociaux les images de sa vitrine brisée. Ce geste déclenche une immense vague de solidarité. « Je ne voulais pas me montrer, j’avais peur. Je me disais aussi que les non-musulmans ne viendraient plus dans la boutique », se remémore-t-elle.
Poussée par un proche, elle lance finalement sa chaîne YouTube et se décide à dévoiler son visage et son savoir-faire. Le buzz est immédiat, et le succès suit. Aujourd’hui, l’entreprise emploie plus d’une centaine de personnes en France.
Les chiffres témoignent de cette réussite fulgurante. En 2024, son salon de thé d’Aulnay-sous-Bois a généré à lui seul 1,8 million d’euros de chiffre d’affaires, soit trois fois plus que l’année précédente.
Le parcours de Fatima Aouad illustre la force d’une détermination capable de renverser les obstacles les plus tenaces. De la Seine-Saint-Denis à Dubaï, elle a transformé une passion en empire, sans jamais renoncer à son identité ni à ses convictions.




