L’économie algérienne demeure profondément ancrée dans l’utilisation de l’argent liquide. Les dernières données de la Banque d’Algérie révèlent qu’au 30 novembre 2025, plus de 9 654 milliards de dinars circulent sous forme fiduciaire dans le pays. Cette somme colossale témoigne de la prédominance persistante des espèces dans les transactions quotidiennes des Algériens.
Une masse de billets en circulation qui pèse lourd dans l’économie algérienne
Selon les statistiques officielles parues dans le Journal officiel du 31 mai 2026, la monnaie fiduciaire représente désormais 45,7 % de l’ensemble du bilan de l’institution monétaire. Près de la moitié du passif de la banque centrale se trouve donc directement lié aux billets en circulation.
Cette proportion illustre une caractéristique majeure du système financier algérien. Les ménages et les commerçants privilégient massivement les paiements en espèces pour leurs achats quotidiens. Cette préférence s’explique par la facilité d’usage, l’acceptation universelle et l’absence de besoin d’infrastructure technologique.
Toutefois, cette situation soulève des interrogations sur la capacité du système bancaire à mobiliser l’épargne. L’argent qui circule hors des circuits formels échappe aux mécanismes de crédit et d’investissement productif, limitant ainsi le financement de l’économie réelle.
Les raisons structurelles de la domination du cash en Algérie
Plusieurs facteurs expliquent pourquoi les Algériens continuent de plébisciter les billets pour leurs transactions. Le taux de bancarisation reste insuffisant dans certaines régions, excluant une partie de la population des services financiers modernes.
La défiance envers les institutions bancaires constitue également un frein important. Nombreux sont ceux qui préfèrent conserver leur argent chez eux plutôt que de le confier à une banque. Cette méfiance s’accompagne d’une culture du liquide profondément enracinée dans les pratiques commerciales.
L’économie informelle, particulièrement développée en Algérie, favorise naturellement les règlements en espèces. Marchés traditionnels, petits commerces de proximité et prestations de services fonctionnent majoritairement au comptant. Les équipements de paiement électronique demeurent rares dans ces circuits, renforçant la dépendance aux billets.
Les limites de la traçabilité et les enjeux fiscaux du cash
Le recours massif aux espèces complique considérablement le suivi des flux financiers. Les transactions en liquide échappent largement aux systèmes de surveillance et de déclaration, ce qui pose des défis majeurs aux autorités.
Sur le plan fiscal, cette opacité représente un manque à gagner important pour l’État. Les recettes potentielles issues de transactions non déclarées restent hors du champ de la fiscalité. La lutte contre l’économie souterraine se heurte ainsi à la prédominance des paiements non traçables.
Pour les établissements bancaires, cette situation limite leur capacité à développer leurs services. Moins d’argent transite par les comptes, moins les banques peuvent proposer de crédits et générer des revenus d’intermédiation financière.
La digitalisation des paiements face à la résistance des habitudes
Les autorités algériennes ont pourtant multiplié les initiatives pour moderniser les moyens de paiement. Le développement des cartes bancaires, les plateformes de paiement en ligne et les solutions mobiles gagnent progressivement du terrain.
Certains secteurs connaissent une adoption croissante des outils électroniques. Le règlement des factures d’électricité, d’eau ou de téléphonie s’effectue de plus en plus par voie dématérialisée. Les administrations publiques encouragent également les paiements numériques pour leurs services.
Néanmoins, ces avancées restent insuffisantes pour modifier fondamentalement les comportements. Beaucoup d’Algériens utilisent leur carte bancaire uniquement pour retirer de l’argent aux distributeurs automatiques. Le passage à l’acte d’achat direct par carte tarde à se généraliser.
Les défis de la transition vers une économie moins dépendante du cash
Le chiffre de 9 654 milliards de dinars en circulation reflète un paradoxe économique majeur. Tandis que l’infrastructure financière se modernise, l’attachement aux espèces ne faiblit pas. Cette coexistence entre modernité bancaire et pratiques traditionnelles caractérise l’étape actuelle du développement économique algérien.
Pour réduire significativement le poids des billets, plusieurs conditions doivent être réunies. Il faut renforcer la confiance des citoyens dans le système bancaire, améliorer l’accessibilité des services financiers dans toutes les régions et équiper massivement les commerces en terminaux de paiement.
La transition vers une économie davantage digitalisée nécessite également une évolution culturelle. Tant que les paiements électroniques ne présenteront pas d’avantages perceptibles par rapport au liquide, les habitudes perdureront. L’enjeu pour les années à venir sera de rendre les solutions numériques plus attractives, simples et sécurisées que le retrait d’espèces.
