Candidate déclarée à la primaire socialiste, Ségolène Royal fait un retour remarqué sur la scène politique française à l’approche de la présidentielle 2027. La finaliste du scrutin de 2007 briguera l’investiture de son parti lors du vote fixé au 9 octobre prochain. À un mois de cette échéance déterminante pour la gauche, elle multiplie les appels à la mobilisation.
« Je vous attends, venez. Inscrivez-vous pour recevoir le lien sur votre mail pour soutenir une France aimée, le 9 octobre en votant sur votre téléphone ou ordinateur », a-t-elle écrit le mercredi 9 septembre sur ses comptes en ligne. Ces derniers mois, l’ancienne ministre s’est illustrée par sa volonté d’apaiser les liens avec l’Algérie et par des prises de position affirmées sur des sujets variés.
Le voile, le pouvoir d’achat, les tarifs des carburants, la diplomatie française sur le continent africain ou encore les violences sexuelles faites aux femmes : autant de thèmes sur lesquels elle assume une ligne claire. Sa boussole reste inchangée depuis des années : l’ordre juste.
Ségolène Royal veut redonner confiance en l’avenir de la France
« L’ordre juste, la paix sociale, la paix économique : je veux rassurer les Français et redonner à notre pays la confiance en son avenir », résume la candidate à la primaire du Parti socialiste. Un message qui cherche à combiner sécurité économique et cohésion nationale.
Elle appelle également les jeunes générations à retrouver l’espoir. « Nous pouvons ensemble construire un ordre juste et une France en paix pour redonner un désir d’avenir aux jeunes générations, qui se demandent quand et comment le déclin va s’arrêter pour remonter la pente », plaide-t-elle.
Dans cette course, deux personnalités font figure de favoris : l’eurodéputé Raphaël Glucksmann et Olivier Faure, premier secrétaire du parti. Ségolène Royal reste néanmoins vue comme une candidate capable de créer la surprise, grâce à sa capacité éprouvée à rassembler les électeurs.
L’extrême droite passe déjà à l’offensive
Redoutant sa dynamique, l’extrême droite a mobilisé plusieurs de ses relais médiatiques pour attaquer l’ancienne ministre de l’Écologie. Elle est notamment accusée d’être proche des autorités algériennes, voire d’incarner une « candidate d’Alger ».
La socialiste a répliqué avec ironie à ces attaques. « Le Pape qui a visité l’Algérie est-il lui aussi soumis ? », a-t-elle lancé à ceux qui exploitent la relation franco-algérienne à des fins électorales, dans l’espoir de séduire une frange nostalgique de la période coloniale.
Un parcours politique marqué par les rebondissements
Après sa défaite au second tour face à Nicolas Sarkozy en 2007, Ségolène Royal avait tenté de se relancer pour la présidentielle suivante. Battue lors de la primaire de 2011, elle avait vu François Hollande l’emporter, avant que celui-ci ne remporte l’Élysée en 2012.
Beaucoup pensaient sa trajectoire politique achevée. Elle avait occupé la fonction d’ambassadrice pour les pôles Arctique et Antarctique entre 2017 et 2020, puis présidé la COP21 en 2021. Contre toute attente, elle est revenue sur le devant de la scène en décembre 2025, à 72 ans.
Ce retour s’est amorcé à travers l’Association Algérie-France (AFA), qu’elle dirige depuis. Une entrée en matière révélatrice de son engagement en faveur d’un dialogue apaisé entre Paris et Alger.
Faire barrage à l’extrême droite : sa priorité affichée
C’est en juillet dernier qu’elle a officialisé sa participation à la primaire socialiste. Selon ses propres mots, cette décision répondrait aux nombreuses sollicitations reçues de citoyens souhaitant son retour dans l’arène politique.
« J’ai décidé de participer à la primaire après de nombreux échanges avec des gens rencontrés, des élus, des citoyens actifs dans des associations, des entreprises », a-t-elle précisé au moment de son annonce. Un choix mûri au contact du terrain.
Elle assume aussi vouloir contrer la progression de l’extrême droite. Au moment de sa déclaration, Marine Le Pen, cheffe de file du Rassemblement national, était donnée gagnante dans tous les scénarios pour la présidentielle du printemps 2027.
« L’extrême droite, aux portes du pouvoir : comment pourrais-je ne rien faire face à l’hypothèse selon laquelle la première femme de l’histoire de France qui accéderait à la présidence en serait issue ? », s’est-elle interrogée. Dans un contexte d’affaiblissement du PS et de fractures à gauche, elle mise sur son image fédératrice.
Algérie et voile : une ligne apaisée face aux polémiques
Les analystes soulignent la cohérence de son discours, tandis que ses concurrents à la primaire la considèrent comme une adversaire sérieuse. Son projet repose sur une notion centrale : « un ordre juste dans tous les domaines ».
Concrètement, elle défend le retour du pouvoir d’achat, la relance de l’activité économique sans démantèlement des protections sociales, et une lutte résolue contre la vie chère. Elle place aussi au premier plan l’éducation, la santé et la sécurité du quotidien.
Pour Ségolène Royal, les enjeux économiques, climatiques et géostratégiques du pays sont trop lourds pour se laisser détourner par des débats jugés secondaires. Sur BFMTV la semaine passée, elle a écourté les questions insistantes portant sur le foulard islamique.
« Il y a une hiérarchie des priorités, je ne vais plus commenter cette histoire », a-t-elle tranché, refusant de mener une « chasse au foulard » face au projet du RN d’imposer une amende pour le port du voile dans l’espace public. Sur le dossier algérien, souvent instrumentalisé par la classe politique, elle prône une relation d’État à État fondée sur le respect mutuel et les intérêts partagés.
À l’approche du scrutin interne du 9 octobre, Ségolène Royal apparaît comme une candidate atypique, à la fois expérimentée et porteuse d’un message de rassemblement. Reste à savoir si sa capacité à mobiliser suffira à bouleaverser les pronostics d’une gauche en quête de renouveau avant la présidentielle 2027.




