Une affaire de faux documents à Alger secoue les services administratifs de la capitale. Une enquête judiciaire a révélé un présumé réseau de délivrance frauduleuse de passeports et de cartes d’identité biométriques. Le tribunal d’Hussein Dey doit examiner ce dossier impliquant plusieurs personnes.
Comment le réseau de faux documents à Alger a été démasqué
Tout a démarré avec une procédure visant un certain T. Abdelkader. Cet individu a été placé en détention provisoire le 29 octobre 2025, sur décision du juge d’instruction rattaché à la quatrième chambre du tribunal de Dar El Beïda.
Les charges retenues contre lui sont lourdes. Il est poursuivi pour appartenance à un groupe terroriste opérant à l’étranger. Les autorités lui reprochent également de s’être rendu dans un pays étranger dans le but de préparer, faciliter ou commettre des actes terroristes, voire de suivre un entraînement.
Au fil des investigations, un détail troublant a émergé. L’homme avait obtenu un passeport ainsi qu’une carte d’identité auprès de la commune d’Hussein Dey, alors même qu’il ne se trouvait pas sur le territoire algérien. Son passeport biométrique avait été renouvelé après une déclaration de perte, puis remis le 28 novembre 2024.
Fait notable, ni le document ni son dossier administratif n’ont été localisés. Ces éléments manquaient aussi bien dans le service biométrique que dans ses archives, renforçant les soupçons de manipulation.
Jusqu’à 100 000 dinars réclamés pour un passeport
L’enquête a mis en cause plusieurs agents de l’administration locale. Une employée du service, identifiée comme T. Ratiba, a admis avoir traité des demandes acheminées par une intermédiaire nommée Nadjia. Ces dossiers visaient des personnes installées à l’étranger, qui ne se présentaient jamais physiquement devant les guichets.
Selon ses déclarations, elle aurait touché 50 000 dinars en 2024 pour confectionner le passeport de T. Abdelkader. Pour ce faire, elle aurait utilisé son propre numéro de téléphone et signalé l’ancien document comme égaré.
Une seconde agente, B. Imane, chargée de la remise des documents biométriques, a livré des aveux similaires. Elle reconnaît avoir contribué à l’établissement de cinq passeports destinés à des ressortissants absents du pays.
Parmi ces cas, elle aurait traité un dossier contre 50 000 dinars, transmis par un contact basé à Dubaï, aux Émirats arabes unis. Elle admet aussi avoir empoché 80 000 dinars pour deux passeports remis au profit d’un autre intermédiaire.
Un barème tarifaire selon les documents
Les échanges saisis par les enquêteurs dévoilent une véritable grille de prix. Certaines demandes étaient facturées entre 80 000 et 100 000 dinars, les gains étant ensuite répartis équitablement entre deux employées.
Dans d’autres situations, les tarifs variaient sensiblement. Les montants évoqués allaient de 2 000 dinars pour un passeport à 20 000 dinars pour une carte d’identité biométrique. À cela s’ajoutaient 10 000 dinars versés par le frère d’un demandeur.
Des conversations WhatsApp et Viber au cœur du dossier
L’analyse des téléphones portables saisis a fourni des preuves accablantes. Les enquêteurs y ont découvert des messages, des notes vocales ainsi que des clichés de passeports et de cartes biométriques.
Les discussions menées sur WhatsApp et Viber détaillaient chaque étape du processus frauduleux. Les protagonistes y abordaient la fabrication des pièces, leur remise aux bénéficiaires, le règlement des sommes convenues et la répartition des gains.
Ces éléments numériques constituent désormais un socle solide pour l’accusation. Ils illustrent l’organisation méthodique de ce présumé trafic de documents officiels à Alger.
Les charges retenues et le calendrier judiciaire
Les prévenus font face à un éventail de chefs d’accusation. Ils sont notamment poursuivis pour obtention illicite de titres de voyage grâce à de fausses déclarations. S’ajoutent les qualifications de trafic d’influence et d’octroi d’un avantage indu à un fonctionnaire.
Certaines employées devront en outre s’expliquer sur la disparition présumée de documents dont elles avaient la garde. Cette destruction alléguée de pièces sous responsabilité aggrave leur situation devant la justice.
Le tribunal d’Hussein Dey a fixé le prononcé de ses décisions au lundi 14 septembre 2026. Le verdict est attendu avec attention dans une affaire qui interroge les failles du système administratif.
Cette enquête met en lumière les vulnérabilités qui peuvent affecter la délivrance de documents biométriques en Algérie. Elle rappelle l’importance des contrôles internes pour préserver l’intégrité des titres officiels et la sécurité nationale.




