Les exportations algériennes de GNL ont chuté à leur niveau semestriel le plus faible depuis 2013, sur les six premiers mois de 2026. Ce recul du gaz naturel liquéfié s’explique avant tout par les campagnes de maintenance menées sur les usines de liquéfaction d’Arzew et de Skikda. Un repli qui interroge sur la capacité du pays à tenir ses ambitions gazières.
Les exportations de GNL algérien reculent de 6,5 % au premier semestre 2026
D’après le rapport « Mise à jour des marchés du GNL arabe et mondial », publié le 15 juillet 2026 par l’Energy Research Unit (ERU), l’Algérie a expédié 4,47 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié entre janvier et juin 2026.
Ce volume marque une contraction de 6,5 % par rapport aux 4,78 millions de tonnes livrées durant la même période de 2025. Concrètement, le pays a exporté 310 000 tonnes de moins d’une année sur l’autre.
Il s’agit du plus bas niveau enregistré sur un semestre depuis au moins treize ans, une situation inédite pour l’un des principaux fournisseurs gaziers de la région méditerranéenne.
Une dynamique mensuelle en dents de scie
Le détail mois par mois révèle une trajectoire irrégulière. Les livraisons ont atteint 0,44 million de tonnes en janvier, 0,67 million en février, puis 0,94 million en mars.
Le rythme s’est ensuite maintenu à 0,69 million de tonnes en avril, avant de bondir à 1,03 million en mai et de redescendre à 0,71 million en juin. Le mois de janvier a marqué le deuxième plus faible volume jamais recensé.
À l’opposé, mai s’est distingué comme le meilleur mois depuis octobre 2025, franchissant à nouveau la barre du million de tonnes exportées.
Un premier trimestre plus touché que le second
Sur le plan trimestriel, les livraisons du premier trimestre 2026 ont fléchi de 8,5 %, tombant à 2,04 millions de tonnes contre 2,23 millions un an plus tôt.
Le deuxième trimestre s’est mieux comporté, avec un recul limité à 4,7 % : 2,43 millions de tonnes, face aux 2,55 millions du printemps 2025. Malgré cette baisse annuelle, la période avril-juin s’est révélée supérieure aux trois premiers mois de l’année.
La maintenance des complexes d’Arzew et Skikda pèse sur le gaz liquéfié
Ahmed Chawki, directeur de l’Energy Research Unit, attribue ce ralentissement aux opérations de maintenance planifiées sur les deux grands sites de liquéfaction du pays. Ces installations restent stratégiques pour la filière du gaz naturel liquéfié algérien.
Les travaux ont démarré à Arzew dès janvier, avant de se prolonger à Skikda en février puis en avril 2026. Ces interruptions ciblées ont mécaniquement réduit les volumes disponibles pour l’exportation durant plusieurs mois.
Selon le responsable, ces chantiers expliquent la descente des expéditions à leur plancher semestriel depuis 2013 au minimum. Une contrainte technique, davantage qu’un signe de faiblesse structurelle de l’offre gazière nationale.
L’Algérie profite des tensions autour du détroit d’Ormuz
Ahmed Chawki souligne également un facteur géopolitique favorable. L’Algérie a commencé à combler en partie le déficit d’approvisionnement causé par les perturbations des flux de GNL transitant par le détroit d’Ormuz.
Cette conjoncture explique en partie la performance de mai, dont les exportations ont dépassé le million de tonnes pour atteindre leur meilleur résultat en sept mois. L’ERU estime que les prochains mois diront si Alger parvient à consolider cet élan.
Ce test grandeur nature intervient peu après les premières cargaisons de GNL algérien livrées à l’Allemagne, qui illustrent la volonté du pays d’élargir son portefeuille de clients européens.
Cinq marchés concentrent 90 % des exportations gazières algériennes
Au premier semestre 2026, cinq destinations ont absorbé plus de 90 % des livraisons algériennes de gaz liquéfié, soit 4 millions de tonnes sur un total de 4,47 millions. Le marché reste donc très concentré autour d’un nombre restreint de partenaires.
La Turquie conserve son statut de premier client avec 1,55 million de tonnes, en dépit d’un repli de 5,6 % par rapport aux 1,64 million de tonnes de la même période en 2025.
La France, l’Italie et l’Espagne en repli, le Royaume-Uni en hausse
La France occupe la deuxième place avec 1,31 million de tonnes, en baisse de plus de 2 % sur un an, contre 1,34 million de tonnes au premier semestre 2025. L’Italie complète le podium avec 520 000 tonnes, en chute de 14,4 % face aux 600 000 tonnes de l’exercice précédent.
Le Royaume-Uni fait figure d’exception en progressant à 350 000 tonnes, contre 270 000 tonnes un an plus tôt. L’Espagne ferme ce classement avec 300 000 tonnes, marquant un effondrement de plus de 50 % après les 610 000 tonnes de 2025.
Les autres marchés se partagent les 440 000 tonnes restantes, témoignant d’une diversification encore modeste des débouchés algériens en matière de GNL.
Le repli semestriel des exportations de GNL algérien apparaît donc principalement conjoncturel, lié à des arrêts techniques planifiés. Les mois à venir seront déterminants pour mesurer la capacité d’Alger à retrouver sa cadence et à concrétiser ses projets d’expansion gazière vers l’Europe.