La canicule qui s’est abattue sur la France cet été a durement frappé les personnes les plus fragiles. Parmi elles, une Algérienne de 66 ans, sans autre solution de repli, est restée sous le toit de zinc surchauffé d’un immeuble parisien. La chaleur écrasante a fini par lui coûter la vie, dans un dénuement bouleversant.
Une femme cultivée qui a fui l’Algérie des années 1990
Wahida Kerchache n’avait rien choisi de l’existence difficile qu’elle a connue en France. Issue d’une famille de cadres, elle avait quitté l’Algérie durant la décennie 1990 pour échapper à la violence terroriste qui ravageait alors le pays.
Ses voisins parisiens gardent le souvenir d’une personne instruite, aux origines bourgeoises. Selon l’une d’elles, sa mère enseignait l’anglais et son père exerçait comme chirurgien. Un héritage familial qui contrastait cruellement avec sa vie dans la capitale française.
Car à Paris, la sexagénaire n’a jamais pu accéder à un vrai confort. Depuis dix-huit ans, elle accompagnait des personnes âgées et logeait dans une petite chambre de bonne, au septième étage d’un immeuble du 14e arrondissement.
Un logement précaire, sans protection contre la chaleur
Cette chambre exiguë, coiffée d’un toit de zinc, ne disposait ni de volets ni de stores. Autant dire une pièce totalement exposée aux assauts du soleil pendant les épisodes de forte chaleur.
Une chambre transformée en fournaise pendant la canicule
Les témoignages recueillis auprès du voisinage sont sans appel. « Là-haut, c’était irrespirable, un vrai four », décrit l’une des habitantes de l’immeuble, évoquant des conditions de vie insoutenables sous les combles.
Dès les premières fortes chaleurs, les autres occupants de l’étage, essentiellement des étudiants, avaient quitté les lieux pour trouver refuge ailleurs. Seule Wahida était restée, faute de disposer d’un autre endroit où se réfugier.
La sexagénaire algérienne avait pourtant déposé une demande de logement social. Mais elle figurait toujours sur une liste d’attente, sans perspective d’obtenir rapidement un hébergement plus adapté à la canicule.
Un décès découvert plusieurs jours après
Elle a été aperçue pour la dernière fois le 24 juin, la journée la plus chaude jamais mesurée dans l’Hexagone. Inquiets de son silence, son employeur et ses voisins ont commencé à s’alarmer, avant de percevoir des odeurs inquiétantes.
Alertés, les pompiers ont pénétré dans la chambre le 29 juin. Ils y ont découvert le corps sans vie de la sexagénaire, victime de la chaleur accumulée dans cette pièce sous les toits.
Une disparition marquée par la solitude
Le prénom Wahida signifie en arabe « la seule » ou « l’unique ». Un nom devenu tragiquement symbolique : elle s’est éteinte dans un isolement total, sans proche à ses côtés.
« On ne lui connaissait pas de proches à Paris, pas de famille à prévenir. On voulait lui rendre hommage, envoyer des fleurs à son enterrement, mais on ne savait pas comment », confie Danielle, l’une de ses voisines, encore émue par cette fin solitaire.
Malgré ses conditions de vie précaires, la défunte laisse le souvenir d’une femme généreuse et attentive. Son entourage la décrit comme « très sensible, très agréable », toujours disposée à rendre service et à entretenir de bonnes relations avec chacun.
Chaque Noël, elle offrait des cadeaux aux enfants du quartier, « alors qu’elle-même n’en avait jamais eu ». Un geste de bonté qui illustre la place qu’elle occupait dans le cœur de ses voisins parisiens.
Un drame révélateur de la vulnérabilité face à la canicule
Le décès de Wahida s’inscrit dans un bilan bien plus large. Elle compte parmi les nombreuses victimes des vagues successives de chaleur qui ont touché la France ces derniers mois.
Selon Santé publique France, l’épisode de fin juin aurait provoqué « au moins 4 500 décès de plus qu’attendu », un chiffre qui pourrait avoisiner les 6 000 morts au total. Des victimes de la chaleur, mais aussi, dans bien des cas, de l’isolement et de la pauvreté.
L’histoire de cette Algérienne rappelle combien la canicule frappe d’abord celles et ceux que la société laisse le plus souvent en marge. Derrière les statistiques se cachent des parcours humains, marqués par la précarité, l’exil et la solitude, dont le souvenir mérite d’être préservé.
