Privée de titre de séjour, une Algérienne installée en France envisage aujourd’hui un retour au pays. Arrivée à Nancy en 2023 avec un simple visa touristique, Myriam, 32 ans, se retrouve trois ans plus tard sans droit au travail et confrontée à une précarité qu’elle juge insoutenable.
Un rêve d’installation en France qui tourne à la précarité
Lorsqu’elle pose ses valises dans le Grand Est aux côtés de son mari, Myriam nourrit de grands espoirs. Titulaire de compétences dans l’enseignement, elle imagine décrocher rapidement un titre de séjour et exercer son métier.
« On parlait la langue. À Nancy, on avait des amis pour nous héberger dans un premier temps », confie-t-elle. Ces conditions de départ, plutôt favorables, laissaient présager une intégration réussie sur le territoire français.
Pourtant, les démarches administratives n’ont jamais débouché sur une régularisation. La préfecture ayant refusé de leur accorder le précieux document, le couple s’est retrouvé en situation irrégulière, sans aucune possibilité d’accéder légalement à un emploi.
Une santé fragile qui aggrave la situation
La naissance de leur enfant a rendu le quotidien plus difficile encore. Myriam souffre de troubles musculaires aux mains, un handicap qui l’écarte de la plupart des travaux généralement proposés aux personnes sans papiers, comme le ménage.
Son époux, de son côté, multiplie les missions non déclarées comme livreur. Ces activités clandestines lui rapportent « 4 € de l’heure ou 30 € la journée de 15 heures », des sommes dérisoires face aux besoins d’une famille.
Devant cette impasse durable, le couple a fini par prendre une décision douloureuse : se séparer géographiquement afin d’alléger les charges. « On a décidé que je rentrerai avec le petit. Mon mari aura moins de charges à assumer s’il est seul ici », explique la jeune mère.
Le retour en Algérie, une option incertaine et coûteuse
En quête de solutions, Myriam s’est renseignée sur le dispositif de retour volontaire mis en place par les autorités françaises. Elle espérait y trouver un accompagnement suffisant pour envisager sereinement une nouvelle vie en Algérie.
La réalité s’est révélée décevante. L’aide qu’on lui a proposée se limite à « 150 € » pour son fils et « 300 € » pour elle-même, des montants qui ne couvrent même pas le prix du billet de retour.
Un projet professionnel pour renaître au pays
Malgré tout, la trentenaire refuse de baisser les bras et réfléchit déjà à un moyen de subsistance. « J’aimerais récupérer des machines à coudre et lancer un atelier de couture car coudre, je peux encore le faire », projette-t-elle.
Sur le papier, ce type d’initiative entrepreneuriale pourrait ouvrir droit à une aide pouvant atteindre 5 000 €. Rien n’est cependant garanti, et cette incertitude pèse lourdement sur ses décisions.
L’OQTF, un frein majeur au retour volontaire
Une autre difficulté vient s’ajouter à l’équation. Le recours au retour volontaire entraîne automatiquement une obligation de quitter le territoire français (OQTF), fermant durablement la porte d’un éventuel retour sur le sol européen.
Cette contrainte alimente les hésitations de Myriam, qui redoute de se retrouver démunie une fois de l’autre côté de la Méditerranée. « Si je rentre sans rien, je ne pourrai rien entreprendre et ce sera la même galère qu’ici alors autant rester ici avec mon mari », résume-t-elle.
Des étrangers livrés à eux-mêmes face à l’administration
Le parcours de cette Algérienne n’a rien d’un cas isolé. Amina Reboi, membre de l’association Alliance algérienne d’Europe, qui suit son dossier, souligne que de nombreux ressortissants étrangers se heurtent aux mêmes obstacles en France.
Selon la militante, le problème dépasse largement le cas individuel. « Les administrations font peur aux gens au lieu de les guider », déplore-t-elle, rappelant que l’accès à un emploi constitue la première condition d’une intégration réussie et durable.
Le témoignage de Myriam illustre les impasses auxquelles se heurtent de nombreux Algériens privés de titre de séjour en France. Entre une précarité persistante et un retour au pays semé d’incertitudes, la question de l’accompagnement des étrangers reste plus que jamais posée.
