Les musulmans en France comptent parmi les enfants de la République : c’est en substance le message porté par Laurent Nuñez lors du centenaire de la Grande Mosquée de Paris. Le ministre de l’Intérieur y a livré, mercredi 15 juillet, un discours ferme sur la place de l’islam dans le pays. Une prise de parole qui contraste nettement avec les positions défendues par une partie de la droite dure.
Musulmans en France : le discours fort de Laurent Nuñez à la Grande Mosquée de Paris
Présent pour célébrer les cent ans de l’institution, le locataire de la Place Beauvau a choisi des mots forts pour défendre la place des musulmans dans la société française. Face à la montée des actes hostiles à cette communauté, il a pris le contre-pied des discours portés par la mouvance extrémiste.
Le ministre a rappelé que les fidèles visés par ces agressions sont avant tout des citoyens français. « Pour la République laïque qui ne reconnaît aucun culte, celui qui s’en prend à un musulman s’en prend ni plus ni moins à l’un de ses enfants », a-t-il affirmé sans détour devant l’assemblée réunie.
Laurent Nuñez a également mis en avant l’ancrage profond des musulmans dans le pays. Selon lui, la moitié d’entre eux y sont nés et les trois quarts possèdent la nationalité française. « Leurs questions et leurs aspirations sont françaises et leur place est ici », a-t-il insisté.
Le responsable a par ailleurs balayé l’idée d’une incompatibilité entre religion et appartenance nationale. « Dans la France laïque, il n’est point besoin de choisir entre la foi et la citoyenneté », a-t-il soutenu, écartant toute opposition entre pratique religieuse et engagement républicain.
Une hausse spectaculaire des actes antimusulmans en France
Le contexte de ce discours n’a rien d’anodin. Au cours de l’année 2025, les agressions visant la communauté musulmane ont progressé de 326 %, une flambée jugée préoccupante par les autorités. Cette explosion des chiffres a nourri la fermeté du propos ministériel.
Le ministre a saisi l’occasion pour souligner l’apport historique des musulmans à la nation française. Il a rappelé que la Grande Mosquée de Paris est née d’une « dette de sang et de reconnaissance », en hommage aux sacrifices consentis durant la Première Guerre mondiale.
Le bilan humain rappelé par Laurent Nuñez est édifiant. Sur le seul champ de bataille de Verdun, quelque 70 000 combattants musulmans ont perdu la vie en 1916. Un tribut lourd que le ministre a tenu à replacer au cœur de la mémoire collective nationale.
L’islamophobie d’hier, un écho aux tensions actuelles
Revenant sur la construction de l’édifice, à l’époque contestée par certaines voix, le ministre a dressé un parallèle entre les hostilités du passé et celles d’aujourd’hui. Pour lui, les résistances rencontrées il y a un siècle trouvent un écho dans les crispations contemporaines.
« Déjà hier, certains voulaient opposer l’identité française et la confession musulmane. Cent ans après, ces tentations n’ont évidemment pas disparu », a-t-il déploré. Elles se traduisent désormais par « des amalgames, des discours haineux, des discriminations », a-t-il ajouté.
Le ministre a par ailleurs salué le rôle joué par l’institution dans la formation des imams. Il a loué « le message de tolérance et d’humanité » diffusé lors de cette soirée d’anniversaire, marquée par la présence de représentants d’autres confessions religieuses.
Actes antireligieux : vers une stratégie nationale de lutte
Au-delà des mots, Laurent Nuñez a annoncé la mise en chantier d’un dispositif concret. Le ministre a fait état de la tenue actuelle des assises nationales et territoriales dédiées à la lutte contre les actes visant les cultes religieux.
Ces travaux doivent déboucher sur une stratégie nationale contre l’ensemble des atteintes antireligieuses. Le plan reposera sur plusieurs piliers, parmi lesquels la formation, la prévention et la recherche, afin de bâtir une réponse structurée face à ces dérives.
L’objectif affiché est d’« écrire ensemble une véritable feuille de route pour les années à venir ». Cette démarche vise à mobiliser l’ensemble des acteurs concernés autour d’une action coordonnée et durable sur le territoire.
Par ce discours, Laurent Nuñez trace une ligne claire sur la place des musulmans en France, à rebours des tentations de division. Reste désormais à traduire ces engagements en mesures concrètes, à l’heure où les actes hostiles atteignent des niveaux inédits. La future stratégie nationale sera scrutée de près par les communautés concernées.

