Le dossier des visas France pour les Algériens connaît un nouveau rebondissement. L’ancien ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driencourt, remet en cause la version défendue par l’Élysée. Selon lui, l’actuel diplomate en poste à Alger n’aurait pas agi seul en évoquant une hausse des visas accordés aux ressortissants algériens.
Depuis plusieurs jours, les propos de Stéphane Romatet, ambassadeur de France en Algérie, nourrissent une intense controverse. Lors d’une prise de parole publique, ce dernier avait affiché sa volonté de ramener progressivement le volume de visas au niveau antérieur à la brouille diplomatique entre Alger et Paris, soit environ 250 000 documents délivrés chaque année.
Ces déclarations ont déclenché une série de réactions en France. Plusieurs figures politiques, jusqu’au sein même de l’exécutif, ont marqué leur distance avec cette position. De son côté, la présidence française a affirmé qu’aucune nouvelle ligne officielle n’avait été fixée sur ce dossier sensible.
Pour Xavier Driencourt, l’Élysée avait bien validé les visas France pour les Algériens
Dans une tribune parue le 29 juillet 2026 dans Le Journal du Dimanche, l’ancien diplomate propose une tout autre interprétation des faits. Il rappelle que Stéphane Romatet aurait lui-même déclaré être rentré à Alger « avec une mission confiée par le président Emmanuel Macron ».
Cette mission visait, selon les termes rapportés, à relancer la relation franco-algérienne et à rétablir le rythme d’attribution des visas d’avant la crise. Pour Xavier Driencourt, une telle affirmation ne laisse guère de place au doute quant aux intentions réelles de Paris.
L’ancien ambassadeur en tire deux conclusions. D’abord, l’objectif chiffré d’environ 250 000 visas pour les Algériens était clairement défini. Ensuite, cette orientation aurait reçu l’aval du chef de l’État et des administrations concernées, à savoir les ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur.
Il en déduit qu’un représentant diplomatique ne pouvait raisonnablement s’aventurer seul sur un terrain aussi délicat. Autrement dit, la démarche de l’ambassadeur s’inscrirait dans une feuille de route arrêtée au sommet de l’État français.
Une controverse politique qui secoue l’exécutif français
Les déclarations de Stéphane Romatet ont provoqué de vives réactions à Paris. Plusieurs membres du gouvernement se sont désolidarisés publiquement des propos tenus par le diplomate à Alger.
Parmi eux figurent le ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, ainsi que le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot. Chacun a tenu à recadrer la portée de ces annonces sur les visas destinés aux Algériens.
La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, est elle aussi montée au créneau pour rappeler la position officielle. Cette cacophonie révèle des divergences de communication notables au sein de l’appareil d’État.
Pour Xavier Driencourt, cette avalanche de démentis s’explique par le caractère hautement inflammable du dossier migratoire franco-algérien. La délivrance de visas reste indissociable de la présence d’une importante communauté algérienne en France et de l’état des relations bilatérales.
Un sujet au cœur des tensions entre Alger et Paris
La question des visas cristallise depuis plusieurs années les frictions entre les deux capitales. Elle touche à la mobilité des familles, aux échanges économiques et à la coopération diplomatique globale entre la France et l’Algérie.
Ce contentieux s’inscrit plus largement dans un rapport franco-maghrébin marqué par une mémoire historique dense et des intérêts partagés. Le Maghreb demeure une zone stratégique où chaque geste de Paris est scruté avec attention par les opinions publiques.
Un feuilleton diplomatique loin d’être clos
À ce jour, Stéphane Romatet conserve son poste à Alger. Aucun rappel ni aucune démission n’ont été officialisés par les autorités françaises, malgré l’ampleur de la polémique.
Pour Xavier Driencourt, cette absence de sanction vient renforcer sa propre analyse. Si l’ambassadeur avait outrepassé ses attributions, estime-t-il, il aurait vraisemblablement fait l’objet d’un désaveu formel.
Cette lecture rejoint les propos du président algérien Abdelmadjid Tebboune. Le chef de l’État avait récemment jugé que cette affaire relevait avant tout d’un débat interne à la France, sans implication d’une demande algérienne.
En définitive, la question des visas pour les Algériens reste un baromètre sensible des relations entre Alger et Paris. En attendant d’éventuelles clarifications françaises, ce dossier continuera d’alimenter les analyses et de nourrir les tensions entre les deux rives de la Méditerranée.

