La relation franco-algérienne se retrouve une nouvelle fois au cœur du débat public en France. Ségolène Royal alerte sur le recul de l’influence française en Algérie, où d’autres puissances européennes gagnent du terrain. Une mise en garde formulée alors qu’une polémique sur les visas accordés aux Algériens agite la classe politique hexagonale.
La France perd du terrain en Algérie face à ses voisins européens
Sur son compte X, l’ancienne ministre de l’Écologie et de l’Énergie a dressé un inventaire précis des accords conclus ou en préparation entre Alger et les grands pays voisins de la France. Un bilan qui illustre, selon elle, la marginalisation croissante de Paris sur le terrain économique algérien.
La candidate à la primaire socialiste en vue de la présidentielle de 2027 cite d’abord l’Italie, qui a signé des contrats dans les secteurs de l’énergie et des travaux publics. L’Allemagne, elle, a conclu une trentaine d’accords touchant plusieurs domaines.
Hydrogène vert, automobile et projets stratégiques
Parmi les partenariats germano-algériens figurent des projets liés à l’hydrogène vert et à l’industrie automobile. À cela s’ajoute la visite prochaine à Alger du chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, annoncée comme porteuse de « plusieurs projets » structurants.
Pour Ségolène Royal, ce mouvement traduit un décrochage plus profond. Elle rappelle que la France a déjà été écartée du Sahel et de plusieurs pays d’Afrique francophone, faute d’une stratégie diplomatique cohérente sur le continent.
« La France se fait remplacer », a-t-elle écrit, dénonçant une politique jugée désastreuse. Selon elle, les entreprises françaises voient leurs partenariats industriels, agricoles, portuaires et dans la construction placés à l’arrêt en Algérie.
Une diplomatie jugée « calamiteuse » et des polémiques dénoncées
Le contexte immédiat de cette alerte n’est pas anodin. Les retombées de la récente visite du président Abdelmadjid Tebboune en Allemagne ont renforcé, aux yeux de l’ancienne responsable socialiste, le sentiment d’un basculement des équilibres au détriment de la France.
Elle regrette que, malgré cette situation défavorable, les querelles politiciennes aient repris de plus belle ces derniers jours. Un comportement qu’elle qualifie de contraire aux intérêts stratégiques du pays.
Ces tensions renvoient directement à la controverse relancée autour des visas délivrés aux ressortissants algériens. Le débat a été ravivé par les propos de l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, largement commentés dans la presse.
Un plaidoyer pour l’apaisement entre les deux rives
Présidente de l’Association France-Algérie (AFA), Ségolène Royal défend une logique de dialogue entre les deux rives de la Méditerranée. Elle insiste toutefois sur un point essentiel : cette entente ne suppose pas de s’aligner sur les choix politiques ou diplomatiques d’États souverains.
Son message vise à distinguer coopération économique et positionnement idéologique. Il s’agit, selon elle, de préserver les intérêts industriels et commerciaux français sans renoncer à l’indépendance des orientations de chacun.
Une reconstruction diplomatique attendue pour 2027
Au-delà du constat, l’ex-candidate à l’Élysée trace une perspective. Elle appelle à bâtir, à l’horizon 2027, une diplomatie plus lucide et constructive avec l’ensemble des voisins méditerranéens de la France.
Cette approche, qu’elle veut « calme et respectueuse », s’inscrirait dans une dynamique jugée bénéfique pour toutes les parties. Une manière de tourner la page des tensions accumulées ces dernières années entre Paris et Alger.
Battue au second tour de la présidentielle de 2007 face à Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal apparaît aujourd’hui comme l’une des figures françaises les plus engagées en faveur d’un rapprochement franco-algérien. Ses prises de position récurrentes en font une voix singulière dans un débat marqué par la crispation politique.
Alors que les partenaires européens de la France multiplient les accords avec Alger, la question du positionnement français en Algérie s’impose comme un enjeu stratégique de premier plan. Le débat sur les visas, loin d’être clos, pourrait encore peser sur l’avenir de cette relation bilatérale.

