À l’approche de l’élection présidentielle française de 2027, les relations franco-algériennes reviennent au centre des débats politiques hexagonaux. Des figures de droite et d’extrême droite multiplient les déclarations erronées sur l’Algérie, recyclant des contre-vérités maintes fois réfutées pour séduire un électorat réceptif à ces thématiques.
Depuis plusieurs mois, un flot de fausses informations circule sur les liens entre Paris et Alger. Certains évoquent une supposée générosité française dont profiterait l’Algérie, d’autres remettent en cause l’accord migratoire de 1968 qu’ils jugent trop favorable aux Algériens. Des accusations fantaisistes, comme l’interdiction présumée des bûches de Noël ou une prétendue invasion migratoire organisée depuis les côtes algériennes, alimentent régulièrement le débat public français.
Cette intensification du discours hostile envers l’Algérie répond à une double logique électoraliste. D’une part, elle permet aux candidats de mobiliser un électorat sensible aux questions identitaires. D’autre part, elle vise à torpiller le processus de rapprochement diplomatique initié par les présidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron, dont la réconciliation contrarie les stratégies politiques bâties sur l’antagonisme.
La surenchère électorale des responsables politiques français sur l’Algérie
Bruno Retailleau, officiellement candidat à la présidentielle, persiste à vouloir abroger la convention bilatérale de 1968. Pourtant, de nombreux experts juridiques ont démontré que ce texte ne confère aucun privilège particulier aux ressortissants algériens. Sur certains aspects, notamment concernant les étudiants, cet accord leur serait même défavorable.
Jordan Bardella, à la tête du Rassemblement national, a réitéré fin avril son intention d’imposer des mesures coercitives à Alger. Son programme prévoit le gel des visas, l’interruption de l’aide publique au développement et le blocage des transferts financiers vers l’Algérie.
Cette rhétorique du bras de fer ignore délibérément la réalité du terrain. Depuis la visite du ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez à Alger mi-février, la coopération migratoire entre les deux pays a officiellement repris. Cette escalade verbale traduit davantage une stratégie électorale qu’une analyse objective des relations bilatérales.
Sarah Knafo et les chiffres fantaisistes sur le coût de l’Algérie
Sarah Knafo, figure du mouvement Reconquête d’Éric Zemmour, a remis en circulation ses statistiques contestées concernant l’Algérie. En mai dernier, elle a affirmé que l’Algérie représenterait un fardeau annuel de 9 milliards d’euros pour les finances françaises. Ce montant inclurait selon elle l’aide au développement, des factures hospitalières impayées, une fraude supposée aux pensions de retraite et les transferts monétaires.
Ces affirmations avaient déjà été formellement démenties après des déclarations similaires en septembre 2024. À l’époque, elle prétendait que Paris versait 800 millions d’euros annuels à Alger. L’ambassade de France en Algérie et le directeur de l’Agence française de développement avaient publiquement rectifié ces informations erronées.
Malgré ces démentis officiels et documentés, la responsable politique continue de propager ces données infondées, illustrant la persistance d’un discours basé sur la désinformation plutôt que sur les faits établis.
Édouard Philippe rejoint la rhétorique anti-algérienne
L’ancien Premier ministre et candidat présumé à la magistrature suprême n’est pas resté à l’écart de cette dynamique. Lors d’un meeting de son parti Horizons à Reims, il s’est engagé à supprimer ce qu’il qualifie d’avantages indûment accordés par la France à l’Algérie.
Cette prise de position intervient quelques mois après ses déclarations controversées sur la colonisation, qu’il refuse de qualifier de crime. Pour Karim Amellal, ancien ambassadeur d’Emmanuel Macron pour la Méditerranée, cette évolution s’explique par une stratégie de positionnement politique clair.
Selon l’analyste, l’ex-locataire de Matignon cherche à conquérir l’électorat de la droite traditionnelle et une frange des sympathisants du Rassemblement national. L’instrumentalisation de thèmes comme l’Algérie, l’immigration ou l’islam lui permettrait de se différencier du président actuel et de marquer son ancrage idéologique à droite, orientation qu’il n’a jamais dissimulée.
Une stratégie politique dénoncée par la société civile
Karima Khatim, présidente de la Fédération franco-algérienne, observe que Retailleau, Philippe et Le Pen représentent trois facettes d’une même offensive politique visant l’Algérie et les binationaux. Ces derniers deviennent les victimes collatérales d’un calcul électoral cynique.
Selon elle, malgré des approches stylistiques différentes – technocratique, sécuritaire ou ouvertement identitaire – la mécanique reste identique. Il s’agit de séduire un électorat nostalgique en réactivant des réflexes hérités de la période coloniale et des obsessions liées à l’identité nationale.
La responsable associative constate une normalisation progressive d’un discours autrefois cantonné aux marges de l’échiquier politique. Cette banalisation aggrave les fractures dans la société française et compromet toute possibilité de dialogue constructif, de reconnaissance historique et de pacification des relations franco-algériennes.
Philippe Brun, député socialiste de l’Eure, a quant à lui interrogé la cohérence stratégique d’Édouard Philippe. Sur le réseau social X, le parlementaire a souligné qu’aucun privilège n’est concédé à l’Algérie, qui décline d’ailleurs systématiquement l’aide française au développement. Il s’est demandé comment prétendre combattre l’extrême droite en reproduisant intégralement son argumentaire.
Ces prises de position illustrent la fracture qui traverse le paysage politique français concernant l’Algérie. Alors que certains candidats misent sur la confrontation et la désinformation pour conquérir l’électorat, d’autres dénoncent cette instrumentalisation qui fragilise les relations bilatérales et alimente les tensions identitaires au sein de la société française.