La naturalisation des Sahraouis en Espagne revient au cœur du débat politique à Madrid, après le recul du gouvernement de Pedro Sánchez sur ce dossier sensible. Sous la pression des alliés défenseurs du peuple sahraoui, l’exécutif a finalement levé son blocage sur un texte de loi permettant d’accorder la nationalité aux personnes nées avant 1976. Une décision qui ravive la question de la responsabilité historique de l’Espagne au Sahara occidental.
Un projet de loi débloqué après deux ans de gel
Selon des sources issues de la coalition « Sumar », partenaire du Parti socialiste au pouvoir, la commission chargée d’examiner ce texte tiendra sa première réunion le mardi 30 juin. Ce calendrier marque un tournant après une longue période d’immobilisme.
Le vote du projet de loi est attendu lors d’une séance plénière exceptionnelle du Parlement espagnol, prévue le 23 juillet prochain. Ce texte avait pourtant été mis en réserve par le gouvernement durant deux années entières, malgré sa proposition initiale.
D’après les mêmes sources, ce gel résulterait des pressions exercées par un lobby proche du régime marocain au sein des rouages de l’administration espagnole, sous prétexte que les personnes visées étaient considérées comme apatrides.
Le soutien décisif du ministre des Affaires étrangères
Le chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Albares, a exprimé son « plein appui » à l’octroi de la nationalité aux Sahraouis nés sous l’administration espagnole. Cette déclaration a été prononcée mercredi dernier lors d’une session au Parlement.
Cette revendication figure parmi les préoccupations majeures de la coalition « Sumar », reconnue pour son engagement en faveur du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Ce bloc politique soutient le gouvernement Sánchez et compte plusieurs de ses membres au sein de l’exécutif actuel.
L’influence marocaine longtemps à l’œuvre
Avant d’aboutir au consensus actuel, le projet de loi est resté suspendu durant deux ans. Cette paralysie s’expliquerait par l’emprise de l’influence marocaine sur les centres de décision au sein du gouvernement Sánchez.
L’orientation a néanmoins fini par basculer en faveur du camp favorable aux Sahraouis. Selon l’analyste politique marocain Badreddine El Aïdoudi, ce revirement tient à l’affaiblissement de l’autorité du chef du gouvernement espagnol.
Le contexte fragilisé de Pedro Sánchez
Cette perte d’influence serait liée aux soupçons de corruption pesant sur son épouse, Begoña Gómez, désormais en attente de procès. Ce climat judiciaire a réduit la capacité du Premier ministre à imposer ses arbitrages.
La première réunion consacrée à l’examen du texte s’était tenue le 28 avril au sein de la commission de la Justice du Congrès. Elle s’était déroulée dans la controverse suscitée par l’exclusion des Sahraouis de la régularisation exceptionnelle des migrants, justifiée par leur statut d’apatrides.
Une séance suivante avait été convenue pour la mi-mai, mais le président de la commission, le socialiste Joaquín Martínez Salmerón, l’a ignorée. Le déblocage est finalement intervenu après les déclarations du ministre des Affaires étrangères, contraint par les pressions internes de ses partenaires de coalition.
Une portée juridique et historique majeure
L’octroi de la nationalité espagnole aux Sahraouis nés au Sahara occidental durant la période coloniale, avant le retrait définitif de l’Espagne en 1976, constitue un développement notable dans la position de Madrid sur ce dossier.
Cette mesure équivaudrait à reconnaître le lien juridique et historique unissant l’Espagne au Sahara occidental. Les Nations unies continuent en effet de considérer Madrid comme la puissance administrante du territoire non autonome.
Des bénéfices concrets pour la communauté sahraouie
Les observateurs estiment que la naturalisation des Sahraouis leur ouvrirait la liberté de circulation, de travail et d’études en Espagne ainsi que dans l’ensemble des pays de l’Union européenne.
Un tel statut améliorerait significativement leur situation économique tout en renforçant leur poids politique. Devenus citoyens espagnols d’origine sahraouie, ils pourraient participer pleinement à la vie publique du pays.
Cette intégration leur permettrait d’exercer une pression directe sur les gouvernements et les partis pour soutenir le droit du peuple sahraoui à disposer de lui-même.
Le dossier de la naturalisation des Sahraouis illustre la complexité des équilibres politiques au sein de la coalition gouvernementale espagnole. Entre héritage colonial inachevé et rapports de force régionaux, l’issue du vote de juillet pourrait marquer un précédent durable dans la relation entre Madrid et le Sahara occidental.

