Une analyse suédoise met en lumière la manière dont le dossier de la Sahara occidental sert de levier à la diplomatie marocaine. Le pouvoir de Rabat mobiliserait, selon cet examen, migration, espionnage et pressions politiques pour faire avancer ses objectifs stratégiques.
Un décryptage sévère du système marocain autour du Sahara occidental
Un quotidien de référence en Suède a publié une longue analyse consacrée au fonctionnement du régime marocain. L’article est signé par le journaliste et écrivain suédois Nathan Shachar, une plume reconnue dans le pays.
Le texte propose une lecture critique du dit « Makhzen », cette structure de pouvoir qui gravite autour du roi Mohammed VI. L’auteur y détaille les mécanismes de décision et le rôle des appareils sécuritaires qui encadrent le souverain.
Selon cette analyse, la question du Sahara occidental occupe une place centrale dans la stratégie de Rabat. Elle servirait de fil conducteur pour orienter les relations avec les partenaires européens et justifier de multiples choix diplomatiques.
Une concentration du pouvoir au sommet de l’État
D’après le journaliste suédois, l’essentiel des décisions se joue à l’intérieur du palais royal. Un cercle restreint de proches y détient les véritables leviers de commandement.
Dans cette lecture, les partis et les institutions politiques ne joueraient qu’un rôle secondaire. Le pluralisme affiché ressemblerait davantage à une mise en scène qu’à une compétition réelle entre forces politiques.
Cette centralisation laisserait peu d’espace aux contre-pouvoirs. Les structures officielles serviraient surtout à donner une apparence de fonctionnement démocratique au système en place.
Le poids des services de renseignement
L’analyse insiste sur la présence marquée des appareils sécuritaires dans l’architecture du pouvoir. Ces services occuperaient une position déterminante dans la conduite des affaires de l’État.
La Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), dirigée par Abdellatif Hammouchi, figure en première ligne de ce dispositif. Elle est présentée comme un pilier du contrôle intérieur.
À ses côtés interviennent la Direction générale des études et de la documentation (DGED), chargée du renseignement extérieur, ainsi que le deuxième bureau rattaché aux forces armées marocaines. Cet ensemble forme un réseau sécuritaire influent.
Fouad Ali El Himma, l’homme de l’ombre
L’article accorde une attention particulière à Fouad Ali El Himma, décrit comme l’un des plus proches du roi Mohammed VI. Le journaliste le qualifie d' »homme de l’ombre ».
Son influence dépasserait le seul champ politique pour s’étendre aux cercles de décision sécuritaire et stratégique. Il apparaît ainsi comme une figure clé du dispositif entourant le souverain.
Migration et espionnage au service des objectifs sur le Sahara occidental
Le texte souligne l’utilisation de plusieurs dossiers sensibles comme instruments de pression. La migration, l’espionnage et le levier politique seraient mobilisés pour servir l’agenda de Rabat.
L’objectif affiché serait d’orienter les positions des partenaires européens sur la question du Sahara occidental. La gestion des flux migratoires apparaît notamment comme un moyen de peser sur Madrid et Bruxelles.
Cette approche s’appuierait sur une communication à double détente. Rabat alternerait messages mesurés et signaux plus fermes selon les circonstances et les interlocuteurs visés.
Une diplomatie faite de pressions et de surprises
L’analyse évoque une stratégie fondée sur les avertissements, les menaces et les décisions inattendues. Cette méthode viserait à arracher des concessions aux capitales concernées.
Les relations avec la France et l’Espagne illustrent particulièrement cette dynamique. Le dossier du Sahara occidental y sert de point d’ancrage aux négociations et aux tensions récurrentes.
Les risques encourus par les voix critiques
Le journaliste suédois conclut son analyse en évoquant les dangers qui pèsent sur ceux qui critiquent le cercle dirigeant. Contester ce pouvoir ne serait pas sans conséquences.
Pour appuyer son propos, l’auteur cite le cas de journalistes marocains ayant fait l’objet de poursuites judiciaires. Certains d’entre eux auraient connu la prison à la suite de leurs écrits.
Ces exemples illustrent, selon lui, l’étroitesse de l’espace laissé à la liberté d’expression. Ils témoignent des limites imposées au débat public autour des sujets sensibles.
Cette analyse venue de Suède offre un regard extérieur sur la mécanique du pouvoir marocain et sur la place qu’y occupe le dossier du Sahara occidental. Elle rappelle combien cette question demeure un enjeu structurant des relations entre Rabat et ses partenaires européens.
