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Pegasus : comment le Maroc espionnait Paris et Alger

by Abdel
19 juillet 2026
in Maroc
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Maroc et Algérie : les principaux refuges des fugitifs français

Les nouvelles révélations sur le scandale Pegasus mettent à nu, cinq ans après les premières fuites, l’ampleur du dispositif d’espionnage marocain. D’après les témoins qui se sont confiés au consortium de médias à l’origine de l’affaire, ce système ne connaîtrait « aucune limite ». Coordonnées par Forbidden Stories, ces nouvelles preuves détaillent comment les services du royaume ont visé aussi bien des opposants internes que des dirigeants étrangers.

Espionnage au Maroc : des méthodes bien antérieures à Pegasus

La surveillance des militants marocains n’a pas commencé avec l’achat de Pegasus en 2017. Bien avant l’arrivée de ce logiciel de la firme israélienne NSO, les agents recouraient déjà à des procédés surprenants, en plus des écoutes et filatures traditionnelles.

Dans le Rif, région connue pour sa contestation, les services glissaient des programmes espions dans des smartphones neufs. Ces appareils infectés étaient ensuite confiés à des boutiques de téléphonie, qui les revendaient à bas prix à des activistes.

Ce mode opératoire est décrit par un lanceur d’alerte surnommé Safir, ancien membre de la DGST marocaine. Selon lui, les services collaboraient aussi avec un opérateur pour offrir à certaines cibles un accès illimité à internet, afin que l’extraction massive de données ne fasse pas « exploser leur forfait » et n’éveille aucun soupçon. Les cybercafés, très prisés des militants à l’époque, figuraient également parmi les lieux surveillés.

« Ils essayaient d’extraire absolument tout »

À cette période, l’outil déployé s’appelait Remote Control System (RCS), conçu par la société italienne Hacking Team, installée à Milan. Les pratiques marocaines ont fini par heurter le personnel de l’entreprise.

« Nous avons commencé à exprimer nos inquiétudes. Pour moi, la ligne rouge a été franchie quand des personnes ont été emprisonnées et certaines torturées », a confié un ancien salarié aux journalistes du consortium.

D’après ce témoin, les Marocains poussaient l’outil « à ses limites ». Ils cherchaient à récupérer « absolument tout ce qui se passait » sur les ordinateurs surveillés, chaque fichier ouvert compris. Un usage aussi intensif comportait un risque : déployé sur des centaines de machines, le logiciel finit tôt ou tard par déclencher une alerte antivirus.

Le Maroc devenu « addict » à Pegasus, présenté comme « l’arme absolue »

En 2017, la solution idéale apparaît avec Pegasus, développé par NSO. Le logiciel est vanté comme un produit révolutionnaire, une véritable « arme absolue » pour les services de renseignement. Son principal atout, selon Safir : l’infection silencieuse, sans besoin d’un accès physique à l’appareil.

Après des années passées à configurer des attaques via RCS et à intervenir sur le terrain, les agents n’avaient désormais plus à quitter leur bureau. NSO fournit une console accessible en ligne, hébergée sur un serveur local, garantissant à chaque infection une grande discrétion. L’interface se révèle d’une simplicité déconcertante.

« Dès qu’ils ont su qu’il y avait Pegasus, ils l’ont choisi car c’est facile. Et la DGST a toujours préféré le chemin le plus simple », rapporte l’ancien agent. Le royaume est vite devenu dépendant de ce logiciel capable d’infiltrer un téléphone via une attaque « zéro clic » : un simple appel manqué suffit à contaminer l’appareil, sans aucune action de la victime.

Plus de 13 000 numéros ciblés, dont des cibles en Algérie

Le terme « addict » n’a rien d’exagéré. Selon Forbidden Stories, les services marocains auraient visé près de 13 000 numéros de téléphone. Une ampleur qui traduit l’intensité de cette surveillance de masse.

Si l’outil visait avant tout les opposants internes, la liste dépasse largement les frontières du royaume. Y figurent des chefs d’État et de gouvernement, comme le président français Emmanuel Macron ou l’ancien Premier ministre belge Charles Michel (2014-2019).

Des journalistes étrangers ont aussi été ciblés, notamment Edwy Plenel et Lénaïg Bredoux, de Mediapart, ainsi que de hauts responsables algériens. Ce volet international confirme la portée diplomatique explosive de l’affaire Pegasus.

Des données qui remontaient jusqu’au sommet de l’État marocain

D’après Safir, seule la DGST dispose d’un accès à Pegasus. Mais pour les cibles étrangères de haut rang, le service devient « un simple exécutant », recevant directement ses instructions de Fouad Ali El Himma, le conseiller le plus influent du roi Mohammed VI.

Ce dernier aurait mis en place un « Bureau 21 », situé près de l’ambassade d’Égypte, décrit comme le lieu « où sont enfermés les secrets les mieux gardés du royaume ». C’est de là que partiraient les demandes d’espionnage visant des numéros étrangers.

Les informations récoltées sur les personnalités les plus sensibles remontaient ensuite à El Himma, voire au souverain lui-même. « Les gens avec qui j’ai travaillé n’ont aucune humanité. Il existe une liberté d’espionnage inimaginable. Ils deviennent des monstres froids », affirme Safir.

Ces nouvelles révélations sur Pegasus dessinent le portrait d’un appareil de surveillance sans garde-fous, tourné vers ses propres citoyens comme vers des dirigeants étrangers. Alors que les répercussions diplomatiques avec Paris et Alger restent vives, l’affaire pourrait connaître de nouveaux rebondissements dans les mois à venir.

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