La question des expulsions vers le Maroc refait surface en Europe. Après les événements survenus dans l‘enclave espagnole de Ceuta, la Suisse a décidé de durcir sa politique migratoire à l’égard des ressortissants marocains en situation irrégulière. Berne prépare désormais une série de vols de renvoi vers le royaume chérifien.
La crise de Ceuta ravive les tensions dans l’espace Schengen
Fin juillet, l’enclave espagnole de Ceuta a été le théâtre d’une arrivée massive de migrants. En quelques jours seulement, plus de 72 000 personnes en situation irrégulière ont franchi la frontière de ce territoire.
Cet afflux soudain a mis en alerte l’ensemble des pays membres de l’espace Schengen. Bien que Ceuta n’appartienne pas à cette zone de libre circulation, l’onde de choc s’est propagée jusqu’en Suisse.
Réagissant à cette situation, la police cantonale de Zurich a intensifié ses opérations. Cette semaine, elle a mené des contrôles inopinés sur plusieurs vols arrivant en provenance d’Espagne.
La Suisse veut accélérer les expulsions vers le Maroc
Au-delà de ces vérifications ponctuelles, la Confédération helvétique entend renforcer le renvoi des Marocains sans titre de séjour. Aujourd’hui, 353 ressortissants du royaume sont censés quitter le territoire suisse.
Parmi eux, 83 personnes résident dans le canton de Berne. Sur ce total, seules 41 ont pu être formellement identifiées par les autorités locales, un chiffre qui illustre la complexité du dossier.
Le conseiller d’État PLR Philippe Müller reconnaît que la procédure de renvoi demeure ardue à mettre en œuvre. Il pointe plusieurs obstacles concrets qui freinent l’application des mesures d’éloignement.
Des cas difficiles à traiter
Selon l’élu bernois, une partie des personnes concernées échappent tout simplement aux contrôles. « 23 personnes ont disparu et 14 autres sont en détention préventive ou purgent une peine de prison », a-t-il précisé.
Cette situation rend l’exécution des décisions particulièrement laborieuse. Les autorités doivent composer avec des profils variés, entre disparitions et incarcérations en cours.
Berne réclame un allongement de la durée de détention
Pour rendre les renvois plus efficaces, Philippe Müller plaide en faveur d’une prolongation de la détention administrative avant expulsion. Il souhaite la porter à au moins un an et demi.
Actuellement, cette rétention ne peut durer que quelques mois. De plus, elle n’est autorisée que lorsque le renvoi apparaît comme réalisable dans un délai raisonnable.
Le responsable estime qu’un cadre plus strict aurait un effet dissuasif. « Si un Marocain sait qu’en cas d’infraction pénale, il ira immédiatement en prison et sera expulsé, la Suisse ne sera plus une destination attractive », a-t-il affirmé.
Le Maroc accusé de lenteur dans les procédures
Le conseiller d’État ne ménage pas ses critiques à l’encontre des autorités marocaines. Il reproche au royaume de « traîner des pieds » lorsqu’il s’agit de reprendre ses propres ressortissants.
Selon lui, l’identification des personnes concernées ne demande que quelques semaines côté helvétique. En revanche, l’ambassade du Maroc mettrait « parfois plus d’un an » avant de finaliser les démarches nécessaires au renvoi.
Cette lenteur administrative constitue, aux yeux de Berne, l’un des principaux points de blocage. Les délais imposés par les services consulaires marocains compliquent la mise en œuvre des décisions d’éloignement.
Une série de vols de renvoi programmée dans les prochaines semaines
De son côté, le Secrétariat d’État aux migrations (SEM) a confirmé une intensification imminente des opérations. L’institution a annoncé qu’« une série de vols vers le Maroc est prévue dans les prochaines semaines ».
Le SEM associe cette accélération à la hausse des identifications réalisées récemment. « La forte augmentation du nombre d’identifications se répercute donc déjà sur les mesures d’exécution », a indiqué le secrétariat.
L’organisme anticipe une progression des retours effectifs dans un avenir proche. Cette dynamique devrait « se traduire encore davantage par une hausse des chiffres des retours dans les semaines à venir ».
Ce durcissement helvétique s’inscrit dans un climat migratoire tendu à l’échelle européenne. La coopération entre Berne et Rabat apparaît désormais comme la clé pour fluidifier des procédures que les autorités suisses jugent encore trop laborieuses.