Le trafic de passeports biométriques algériens vient de connaître un nouvel épisode judiciaire à Alger. Les services de sécurité ont démantelé un réseau soupçonné d’avoir délivré illégalement ces documents de voyage à des ressortissants installés hors du pays, moyennant d’importantes sommes d’argent. Plusieurs agents de la mairie de Hussein Dey figurent parmi les personnes mises en cause dans cette affaire.
Un réseau de trafic de passeports algériens démantelé à Alger
L’affaire révèle l’existence d’un véritable circuit parallèle organisé au sein d’une administration communale. Selon les informations disponibles, des employés de la mairie de Hussein Dey auraient mis sur pied un système destiné à fournir des passeports biométriques à des demandeurs résidant à l’étranger, en échange de paiements.
Ces documents, normalement réservés à des procédures encadrées, étaient délivrés en contournant les contrôles habituels. L’enquête menée par les forces de l’ordre a permis de remonter jusqu’aux agents impliqués et à leurs intermédiaires.
Des passeports biométriques pour des Algériens non résidents
Le point de départ de l’enquête remonte à la situation d’un individu identifié comme Taibi Abdelkader. Placé en détention provisoire à Koléa depuis octobre 2025, il avait pourtant obtenu un passeport auprès de la mairie de Hussein Dey en novembre 2024.
Le problème : à cette date, l’homme ne se trouvait pas sur le territoire algérien. Cette incohérence a immédiatement attiré l’attention des enquêteurs, qui ont cherché à comprendre comment un tel document avait pu être émis.
Les agents municipaux au cœur de l’affaire
Les investigations ont conduit la police vers une employée municipale identifiée comme T. Ratiba, en charge du traitement des dossiers biométriques. Interrogée, elle a rapidement reconnu les faits reprochés.
Elle a expliqué avoir été contactée par une femme prénommée Nadjia, qui jouait le rôle d’intermédiaire entre plusieurs demandeurs installés à l’étranger et l’administration. C’est par ce canal que transitaient les dossiers frauduleux.
Un mode opératoire pensé pour effacer les traces
Selon les aveux recueillis, Nadjia transmettait les dossiers à Ratiba, qui se chargeait ensuite d’éditer les passeports. L’employée veillait à masquer certains éléments afin de rendre les opérations difficiles à retracer.
C’est ainsi qu’aurait été traité, en 2024, le dossier de Taibi Abdelkader, alors en situation irrégulière hors d’Algérie. Une seconde agente de la mairie, désignée par les initiales B. Iman, est également mêlée à ce réseau de trafic de documents de voyage.
Face aux enquêteurs, cette dernière a admis avoir délivré cinq passeports à des personnes vivant à l’étranger. L’une des bénéficiaires se trouvait notamment à Dubaï, aux Émirats arabes unis, au moment de l’obtention du document.
Jusqu’à 100 000 dinars exigés pour un passeport biométrique
Les deux femmes mises en cause ont détaillé le fonctionnement financier de ce trafic. En échange du contournement des règles en vigueur, elles réclamaient des montants oscillant entre 50 000 et 100 000 dinars algériens par passeport délivré.
Au total, elles ont reconnu avoir émis frauduleusement au moins sept documents de voyage. Ces aveux dessinent l’ampleur d’un système lucratif bâti sur la vente illégale de titres officiels à la diaspora.
De lourdes accusations pesant sur les employées
Placées en garde à vue, les deux agentes municipales font désormais face à de graves chefs d’inculpation. Elles sont notamment poursuivies pour abus de fonction dans l’exercice de leurs missions administratives.
S’y ajoutent l’obtention indue de documents de voyage au moyen de fausses déclarations, ainsi que la destruction volontaire de pièces administratives. Ces infractions exposent les prévenues à des sanctions pénales importantes.
La justice algérienne saisie du dossier
Le tribunal de Hussein Dey s’est prononcé sur cette affaire le lundi 14 septembre. Toutefois, le détail des peines infligées aux personnes impliquées n’a pas été communiqué publiquement à l’issue de l’audience.
Cette procédure judiciaire souligne la vigilance croissante des autorités face aux fraudes touchant les documents d’identité et de voyage. Les services de sécurité entendent visiblement freiner ce type de dérives au sein des administrations locales.
Des démarches légales existent pourtant pour la diaspora
Il faut rappeler que les Algériens établis hors du pays disposent d’une voie tout à fait officielle pour obtenir leur passeport biométrique. Cette demande peut être déposée directement auprès des consulats algériens compétents dans leur pays de résidence.
Le recours à des filières illégales laisse penser que certains demandeurs cherchent à contourner un refus ou à échapper aux délais parfois longs des services consulaires. Une motivation qui n’efface en rien la gravité des infractions constatées.
Cette affaire met en lumière les failles pouvant exister dans la chaîne de délivrance des documents officiels. Elle rappelle également l’importance des procédures régulières pour préserver l’intégrité des titres de voyage algériens et la confiance des usagers de la diaspora.




