Les élections municipales de mars 2024 en France avaient porté deux maires d’origine algérienne à la tête de communes de la banlieue lyonnaise. Idir Boumertit à Vénissieux et Abdelkader Lahmar à Vaulx-en-Velin, tous deux députés de La France Insoumise, pourraient toutefois voir leur victoire remise en cause. La rapporteuse publique du tribunal administratif de Lyon a en effet relevé de sérieuses irrégularités susceptibles d’entraîner l’annulation de ces deux scrutins.
Deux maires d’origine algérienne menacés d’un nouveau vote
Le rebondissement est survenu le 14 septembre. Les deux victoires de LFI dans ces communes ouvrières de l’agglomération lyonnaise avaient été acquises avec des marges extrêmement serrées. Aujourd’hui, la sincérité de ces élections est directement mise en question par la justice administrative.
Le point commun entre les deux dossiers réside dans l’écart minime qui a séparé les listes gagnantes de leurs rivales. Dans ce contexte, la moindre anomalie prend un poids considérable, au point de pouvoir renverser l’issue du vote.
Vénissieux : une avance de 25 voix contestée
À Vénissieux, Idir Boumertit avait devancé la maire sortante Michèle Picard de seulement 25 bulletins. La rapporteuse publique pointe désormais de « fausses déclarations de domiciliation avec une intention frauduleuse » du côté de la tête de liste RN-UDR, Quentin Taïeb, ainsi que de plusieurs de ses colistiers.
Vaulx-en-Velin : 693 bulletins annulés
À Vaulx-en-Velin, Abdelkader Lahmar l’avait emporté avec 104 voix d’avance. Ici, 693 bulletins destinés à une liste divers centre ont été invalidés. La cause : une candidate n’avait pas déclaré sa nationalité néerlandaise, comme l’exige la réglementation électorale.
Fait notable, aucune de ces irrégularités n’est imputable aux deux maires d’origine algérienne ni à leurs équipes. La rapporteuse publique estime néanmoins que ces manquements sont « de nature à remettre en cause la sincérité de l’ensemble de l’élection ».
Un dossier désormais entre les mains du tribunal de Lyon
L’affaire a été transmise au tribunal administratif de Lyon, qui n’a pas encore arrêté de date de délibération. La perspective d’un nouveau scrutin reste donc ouverte, sans calendrier précis à ce stade.
L’issue apparaît toutefois incertaine pour les élus concernés. Dans la grande majorité des cas, les juridictions administratives françaises tendent à s’aligner sur les recommandations formulées par les rapporteurs publics.
Le sentiment d’un « deux poids, deux mesures »
Abdelkader Lahmar a vivement réagi à cette recommandation. Le maire de Vaulx-en-Velin dénonce un traitement inéquitable, soulignant que la préfecture a laissé passer une irrégularité pourtant flagrante.
Dans le même temps, ajoute-t-il, l’administration a examiné les bulletins de sa liste avec « la plus grande rigueur ». Elle serait allée jusqu’à réclamer de « corriger de simples accents dans les noms de certains » colistiers, une exigence qu’il juge disproportionnée.
La réaction de Jean-Luc Mélenchon
Le leader de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, est également monté au créneau. Il redoute que ce coup de théâtre ne prive la gauche de deux bastions importants dans l’Hexagone.
Le fondateur du mouvement a plaidé pour un renouvellement de l’appareil préfectoral à l’horizon 2027. Selon lui, il faut « éviter ce genre de situation où l’incompétence vient servir les manipulations politiques ».
À travers ces deux dossiers, c’est l’équilibre politique de plusieurs communes de la banlieue lyonnaise qui se joue. Le verdict du tribunal administratif de Lyon déterminera si les électeurs de Vénissieux et de Vaulx-en-Velin devront de nouveau se rendre aux urnes.




