Le marché algérien de la restauration rapide accueille désormais plusieurs enseignes étrangères, mais McDonald’s reste absent malgré un potentiel commercial évident. Alors que KFC multiplie les ouvertures, la firme au célèbre « M » doré n’a jamais installé le moindre restaurant sur le territoire. Un spécialiste de la franchise éclaire les raisons de ce paradoxe.
Le marché algérien accueille-t-il vraiment les franchises internationales ?
Contrairement à une idée répandue, l’Algérie n’a pas totalement verrouillé son économie aux marques étrangères. Plusieurs chaînes de fast-food opèrent déjà dans le pays, ce qui démontre que le marché reste accessible aux investisseurs internationaux, sous certaines conditions.
Le meilleur exemple demeure KFC. Après une première ouverture mouvementée en avril 2024, marquée par une fermeture seulement trois jours plus tard, l’enseigne américaine a persévéré. Elle compte aujourd’hui quatre points de vente à Alger, répartis entre Dely Ibrahim, City Center, Garden City et Sidi Yahia.
La marque ne compte pas s’arrêter là et vise une expansion vers d’autres villes, à commencer par Oran. Ce développement illustre une volonté claire de tisser un réseau plus dense sur l’ensemble du territoire national.
Chicken Street, un pionnier discret
Avant même l’arrivée de KFC, une autre enseigne avait déjà pris pied en Algérie. Chicken Street, réseau français spécialisé dans le sandwich au pain naan et le poulet frit mariné, s’est implanté dès 2022 à Alger, dans le quartier de Bab Ezzouar.
La franchise s’est ensuite étendue à Oran et à Mostaganem, prouvant qu’une chaîne étrangère peut prospérer malgré les contraintes locales. Ces deux enseignes partagent pourtant le même environnement réglementaire que celui auquel serait confronté McDonald’s.
Pourquoi McDonald’s reste absent du marché algérien
Si KFC et Chicken Street affrontent exactement les mêmes règles de change et le même vide juridique, la question se pose : pourquoi McDonald’s n’a-t-il jamais franchi le pas ? La réponse tient davantage à une stratégie prudente qu’à une interdiction formelle.
Les obstacles existent bel et bien, mais ils s’apparentent plus à une friction qu’à une véritable barrière infranchissable. Certaines marques acceptent de composer avec ces difficultés, d’autres préfèrent s’abstenir. À ce jour, ni McDonald’s ni Burger King n’ont annoncé le moindre projet d’implantation en Algérie.
La question monétaire au cœur du blocage
Le premier frein identifié concerne le paiement des redevances à des sociétés basées à l’étranger. L’Algérie applique un contrôle des changes particulièrement rigoureux, qui encadre strictement les transferts de devises vers l’extérieur.
Chaque paiement destiné à l’étranger doit être domicilié auprès d’une banque et justifié par une opération réelle et documentée. Or, la Banque d’Algérie ne considère pas automatiquement les redevances de franchise comme une catégorie autorisant leur transfert hors du pays.
Le modèle économique de McDonald’s en cause
Le cas de McDonald’s présente une particularité qui accentue le problème. Son fonctionnement repose largement sur une redevance de marque, c’est-à-dire un droit d’usage plutôt qu’une prestation matérielle clairement identifiable.
C’est précisément à ce niveau que le blocage se manifeste concrètement, selon plusieurs experts algériens du secteur. La difficulté à rapatrier ces sommes complique fortement l’équation financière pour la multinationale américaine.
Mouhoune Mustapha, cadre au sein de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie, résume la situation. Selon lui, la franchise peine à s’imposer en Algérie principalement à cause de l’interdiction, respectée par la Banque d’Algérie, de transférer les royalties vers l’étranger.
Un cadre juridique flou plus qu’un mur infranchissable
Un second obstacle relève du droit commercial. L’article 10 de l’ordonnance algérienne sur la concurrence interdit l’exclusivité commerciale, un principe souvent central dans les contrats de franchise internationale.
Cette disposition n’a toutefois jamais débouché sur une sanction concrète à ce jour. Elle constitue davantage une zone d’incertitude qu’une interdiction réellement appliquée sur le terrain.
À cela s’ajoute l’absence de législation spécifique consacrée à la franchise. En Algérie, ces contrats relèvent simplement du Code de commerce, sans encadrement dédié, ce qui laisse planer un flou juridique pour les grandes marques.
Un marché finalement ouvert malgré les contraintes
Ces difficultés freinent l’arrivée de certaines enseignes majeures, mais elles n’empêchent pas toutes les chaînes étrangères de s’installer. Les succès de KFC et de Chicken Street en sont la démonstration la plus tangible.
L’Algérie ne peut donc plus être qualifiée de marché totalement hermétique aux investisseurs internationaux. L’absence de McDonald’s tient autant à un choix stratégique et à une évaluation des risques qu’aux contraintes réglementaires en vigueur.
En définitive, rien n’interdit formellement à McDonald’s de s’implanter en Algérie. La marque semble surtout arbitrer entre les difficultés monétaires, les incertitudes juridiques et le potentiel réel d’un marché encore largement inexploré.