L’importation d’un million de moutons destinée à l’Aïd El Adha 2026 vire au scandale judiciaire en Algérie. La justice a décidé de poursuivre les responsables de graves malversations qui ont entaché cette vaste opération. Les premières conclusions du parquet révèlent des irrégularités à grande échelle, tant sur le plan sanitaire que financier.
Importation d’un million de moutons : ce que dévoile l’enquête
À l’origine, cette opération visait un objectif social clair. Les autorités espéraient contenir la flambée des prix des ovins locaux et rendre le mouton du sacrifice accessible au plus grand nombre de citoyens.
Mais de nombreux dysfonctionnements ont rapidement compromis ce dispositif. Le 7 juin, le président Abdelmadjid Tebboune a exigé l’ouverture d’une enquête sur « l’ensemble des insuffisances » observées, en pointant particulièrement l’organisation et la distribution.
Un mois plus tard, la justice livre ses premiers constats. Selon le parquet, l’importation et la commercialisation des ovins n’ont pas respecté strictement le cadre légal en vigueur.
Importation de moutons : plus de 40 personnes dans le viseur de la justice
Le dossier a été détaillé lors d’une conférence de presse tenue le samedi 11 juillet. Elle a été animée par Mohamed Kamel Benboudiaf, procureur général près la Cour d’Alger.
Le magistrat a précisé que l’action judiciaire a été déclenchée après la découverte d’indices sérieux. Ces éléments pointaient vers des irrégularités manifestes dans le processus d’importation des ovins.
Deux volets d’irrégularités identifiés
Les dérives constatées portent sur deux domaines distincts. Le premier concerne le non-respect des normes sanitaires et vétérinaires imposées.
Le second touche à la conformité avec les règles encadrant les marchés publics. Le processus d’acquisition des moutons n’aurait pas respecté ces dispositions légales essentielles.
Ces malversations ont été mises au jour par les services de sécurité. Ils ont mené leurs investigations sur ordre du pôle pénal économique et financier de Sidi M’hamed, à Alger. Les enquêtes ont mobilisé la police, la gendarmerie ainsi que les services de sécurité intérieure et extérieure.
Treize placements sous mandat de dépôt
Au terme des investigations, 41 personnes font l’objet de poursuites judiciaires. Parmi elles figurent plusieurs superviseurs de points de vente répartis à travers le pays.
Après audition devant le juge d’instruction, 13 suspects ont été placés sous mandat de dépôt. Les 27 autres ont été soumis à un contrôle judiciaire.
Les chefs d’accusation retenus sont multiples. Ils incluent l’abus de fonction, l’abus d’influence, le détournement de fonds publics, la violation des règles régissant les marchés publics et le blanchiment d’argent.
Importation d’ovins : 10.000 bêtes abattues et 3.600 mortes sur une même cargaison
Les négligences relevées ont engendré des pertes considérables selon le procureur général. Une seule cargaison a nécessité l’abattage sanitaire de plus de 10.000 têtes, tandis que 3.600 autres bêtes sont mortes.
Le magistrat a dénoncé un manquement grave des autorités sanitaires. Malgré l’alerte des vétérinaires sur des signes de maladie contagieuse à bord d’un navire, les services de santé vétérinaire du ministère de l’Agriculture n’ont pas empêché le déchargement de la cargaison.
Des preuves accablantes ont également émergé concernant les pays d’origine. Le procureur a évoqué le remplacement de têtes de bétail initialement achetées par d’autres ne répondant pas aux critères exigés.
Des marchés conclus de gré à gré illégalement
Le volet financier révèle des manœuvres frauduleuses tout aussi préoccupantes. Selon le procureur général, les mis en cause auraient monté des procédures fictives pour simuler le respect du cahier des charges.
Dans les faits, les transactions ont été passées illégalement de gré à gré. Ces contournements ont permis d’échapper aux règles de transparence des marchés publics.
Quatre opérateurs et des écarts de prix vertigineux
Le magistrat a par ailleurs révélé une forte concentration de l’opération. Quatre opérateurs seulement se sont partagé 700.000 têtes, soit la majeure partie du million de moutons importés.
Les écarts de prix ont également retenu l’attention du parquet. Pour les moutons acheminés par navire, le kilogramme oscillait entre 5,25 et 6 euros. En revanche, ceux importés par avion atteignaient jusqu’à 900 euros la tête.
Cette affaire d’importation d’un million de moutons illustre l’ampleur des dérives ayant entaché une opération à vocation sociale. Les suites judiciaires devraient déterminer les responsabilités précises de chaque intervenant. Le dénouement de ce dossier est désormais très attendu par l’opinion publique algérienne.
