Benjamin Stora dénonce l’attitude d’une élite française face à l’Algérie
Spécialiste reconnu du colonialisme et de la mémoire historique, Benjamin Stora établit un constat sans détour. Pour lui, les frictions diplomatiques entre Paris et Alger trouvent leur origine dans une posture idéologique persistante.
L’historien estime qu’une certaine frange politique française refuse encore de se confronter à la réalité. Cette incapacité à admettre l’indépendance totale de l’Algérie expliquerait, selon lui, la répétition des tensions bilatérales.
Une souveraineté algérienne toujours contestée
Dans ses déclarations, Benjamin Stora insiste sur un point central. « Certains en France n’ont toujours pas assimilé le fait que l’Algérie soit un État indépendant et souverain depuis 1962 », affirme-t-il.
Cette remarque met en lumière une difficulté profonde. Plus de six décennies après l’indépendance, une partie du paysage politique hexagonal peinerait encore à intégrer cette réalité géopolitique.
La fabrique des crises entre Paris et Alger
Selon l’historien, cette élite recourt régulièrement à des mécanismes bien identifiés. Il évoque une véritable fabrique de crises, alimentée par l’orchestration répétée de polémiques.
Ces controverses surgiraient de manière cyclique, souvent au gré des échéances politiques françaises. Elles contribueraient à entretenir un climat de défiance durable entre les deux capitales.
Un dossier récurrent dans la vie politique française
Benjamin Stora relève que la question algérienne resurgit à intervalles réguliers. Elle s’invite fréquemment dans les débats internes, dépassant largement le cadre strictement diplomatique.
Cette instrumentalisation, souligne-t-il, nuit à un apaisement durable. Elle empêche la construction d’une relation sereine fondée sur la reconnaissance mutuelle et le respect des souverainetés.
L’Algérie au cœur de la campagne présidentielle française
Interrogé sur la place occupée par l’Algérie dans les débats de la campagne présidentielle, l’historien a exprimé son inquiétude. Il observe que ce thème prend une dimension prépondérante dans le discours politique actuel.
Cette centralité illustre, selon lui, la persistance d’un héritage non soldé. Le passé colonial et ses prolongements continuent de peser sur les échanges entre les deux nations.
Le rôle du comité mixte sur la mémoire historique
Benjamin Stora copréside le comité mixte dédié à la mémoire historique franco-algérienne. Cette instance vise à favoriser un travail commun sur les épisodes douloureux du passé partagé.
Malgré ces efforts institutionnels, l’historien constate le manque de volonté d’une partie des responsables français. Il déplore que Paris n’ait pas entrepris les démarches nécessaires pour dépasser la crise actuelle.
Vers un apaisement des relations franco-algériennes ?
Le diagnostic posé par Benjamin Stora invite à une réflexion de fond. La normalisation des rapports supposerait, avant tout, une acceptation pleine et entière de l’indépendance algérienne.
Tant que cette reconnaissance restera incomplète, les crises risquent de se reproduire. L’historien plaide implicitement pour un changement de posture au sein de la classe politique française.
Les propos de Benjamin Stora rappellent l’ampleur du chemin restant à parcourir entre Paris et Alger. La reconnaissance mutuelle et le travail mémoriel apparaissent comme des leviers essentiels d’apaisement. L’avenir des relations bilatérales dépendra en grande partie de cette capacité à regarder le passé en face.




