Après plus de quatre années de tensions, la visite de Pedro Sanchez à Alger s’annonce comme un tournant décisif dans les relations entre l’Algérie et l’Espagne. Le chef du gouvernement espagnol doit se rendre dans la capitale algérienne le 20 juillet prochain. Ce déplacement scelle la fin d’une crise diplomatique déclenchée en mars 2022 entre les deux rives de la Méditerranée.
Le retour de Pedro Sanchez à Alger après six ans d’absence
Selon plusieurs médias espagnols, Pedro Sanchez effectuera une visite d’une seule journée en Algérie. Il sera accompagné par la troisième vice-présidente du gouvernement et ministre de la Transition écologique, Sara Aagesen, ainsi que par un autre membre de l’exécutif.
Le dirigeant espagnol devrait être reçu en audience par le président algérien Abdelmadjid Tebboune. Il s’agira du premier voyage de Sanchez en Algérie depuis octobre 2020, une visite qui s’était alors déroulée en pleine pandémie de coronavirus.
Ce déplacement intervient dans un climat de rapprochement affiché des deux côtés. Lors de l’inauguration de la Foire internationale d’Alger, le 22 juin dernier, le président Tebboune avait tenu à souligner la proximité entre les deux nations.
« Le choix de l’Espagne comme invitée d’honneur à la Foire internationale d’Alger est un choix à la fois de la raison et du cœur », avait-il déclaré. Le chef de l’État avait ajouté que malgré les incompréhensions passagères, « les choses se rétablissent très vite » entre les deux voisins.
Un déplacement au calendrier hautement symbolique
Le moment retenu pour cette visite revêt une portée particulière selon la presse espagnole. Il coïncide avec un geste fort de Madrid envers la cause sahraouie, présenté comme le règlement d’une « dette historique ».
La commission de la justice du Congrès espagnol a en effet débloqué récemment un projet de loi majeur. Ce texte prévoit d’accorder la nationalité espagnole aux habitants du Sahara occidental nés lorsque le territoire était sous administration espagnole.
La question migratoire au cœur des discussions
Le contexte est également marqué par le lancement par l’Espagne d’un vaste processus de régularisation des migrants. De nombreux ressortissants algériens sont directement concernés par cette initiative.
Les longues files d’attente observées ces dernières semaines en témoignent, tant devant les consulats algériens en Espagne que devant les représentations espagnoles à Alger et Oran. La coopération contre l’immigration irrégulière devrait donc figurer à l’agenda, l’Algérie étant un partenaire de premier plan pour Madrid dans ce domaine.
Les relations économiques entre l’Algérie et l’Espagne en reconstruction
Le volet économique occupera une place centrale lors de ce séjour de Pedro Sanchez à Alger. Les échanges commerciaux entre les deux pays avaient été brutalement interrompus par la crise de 2022.
Cette rupture faisait suite à la décision de Madrid de soutenir le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental. En réaction, Alger avait rappelé son ambassadeur et suspendu le traité d’amitié, de coopération et de bon voisinage signé en 2002.
Le commerce bilatéral avait alors été gelé, à l’exception notable des livraisons d’hydrocarbures. Ce blocage a lourdement pesé sur les entreprises espagnoles présentes sur le marché algérien.
Des chiffres qui traduisent l’ampleur du gel commercial
Les exportations espagnoles vers l’Algérie ont chuté de manière spectaculaire durant cette période. De 1,9 milliard d’euros en 2021, elles sont tombées à seulement 330 millions en 2023.
Le manque à gagner pour les entreprises espagnoles depuis le début du blocage est estimé à 3,2 milliards d’euros. Beaucoup d’entre elles ont été contraintes de se tourner vers d’autres fournisseurs pour compenser cette perte de marché.
Alger, un partenaire stratégique que Madrid veut préserver
La sortie de crise s’est amorcée en novembre 2023 avec la nomination d’un nouvel ambassadeur algérien en Espagne. Les échanges commerciaux ont repris dans la foulée de cette normalisation diplomatique.
En mars dernier, le président Tebboune avait annoncé au ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albares la réactivation du traité d’amitié. Malgré cette détente, le commerce bilatéral n’a pas encore retrouvé son niveau d’avant-crise.
Sur le plan énergétique, l’Algérie demeure un fournisseur de gaz essentiel et fiable pour l’Espagne, via le gazoduc Medgaz. Même au plus fort des tensions, Alger a scrupuleusement honoré l’ensemble de ses engagements contractuels.
L’Espagne a toujours pu s’appuyer sur son voisin méditerranéen pour sécuriser ses approvisionnements énergétiques. Lors de sa visite de mars, José Albares aurait d’ailleurs obtenu une hausse de 10 % des livraisons algériennes de gaz, selon l’agence Bloomberg.
C’est donc auprès d’un allié incontournable, tant sur le plan énergétique que migratoire, que Pedro Sanchez se rendra le 20 juillet. Cette visite confirme la volonté de Madrid de consolider durablement un partenariat que l’Espagne ne peut se permettre de fragiliser.