La production céréalière algérienne franchit un nouveau cap avec l’expansion spectaculaire des cultures de blé dans les zones désertiques. Des régions jusqu’alors considérées comme arides se transforment en véritables greniers agricoles grâce à l’irrigation moderne et à l’exploitation des nappes souterraines. Cette mutation agricole s’accompagne de performances exceptionnelles qui bousculent les standards nationaux.
Des performances céréalières exceptionnelles dans le Nememcha
La zone désertique du Nememcha, située au sud de Khenchela, connaît une véritable révolution agricole. Cette région saharienne bénéficie d’atouts climatiques remarquables, avec des températures hivernales clémentes malgré sa proximité relative avec la capitale.
Un jeune exploitant agricole de la région affiche des résultats qui défient toute comparaison. Sa production céréalière a atteint 66 quintaux par hectare cette saison, soit plus de quatre fois la moyenne nationale établie à 15 quintaux. Sur les réseaux sociaux, l’investisseur a tenu à authentifier ces chiffres mesurés avec rigueur.
Les vastes étendues de ce territoire se prêtent idéalement aux grandes cultures. Le climat permet également la production de légumes primeurs durant l’hiver, même si les vents de sable violents menacent régulièrement les installations sous serres.
Une infrastructure moderne au service de l’agriculture saharienne
Le développement agricole de ces zones repose sur des infrastructures essentielles. Le raccordement électrique permet désormais d’alimenter les pompes immergées dans les forages, éliminant ainsi la dépendance coûteuse aux groupes électrogènes.
La société Agrico, filiale du groupe public Cosider, illustre cette dynamique. Depuis 2018, elle exploite une concession de 8 000 hectares équipée de 40 forages. Après des débuts modestes, les performances se sont envolées jusqu’à livrer plus de 20 000 quintaux de semences en 2021.
Cette réussite s’explique notamment par les ressources hydriques disponibles. Le géographe français Jean-Louis Ballais avait souligné en 2012 que les précipitations tombant sur les Aurès alimentent généreusement les nappes aquifères via des oueds qui sculptent la région. Les autorités agricoles de Khenchela anticipent une moisson d’un million de quintaux pour l’année en cours, dont 600 000 proviendront exclusivement du sud de la wilaya.
L’innovation technologique booste les rendements du blé algérien
Les techniques d’irrigation connaissent des avancées significatives dans le Grand Sud. À Hassi Messaoud, l’exploitation des frères Zirrari teste des systèmes révolutionnaires sur ses 1 000 hectares alimentés par sept forages. La concession a adopté des pivots équipés de pendillards, des tubes souples qui acheminent l’eau directement au niveau du sol. Cette technologie remplace avantageusement les asperseurs classiques en réduisant drastiquement l’évaporation et les pertes dues au vent. Selon l’ingénieur agronome Yacine Zirrari, ce dispositif a généré des gains de productivité de 30 % tout en économisant 25 à 30 % des ressources hydriques. Fort de ces résultats, l’exploitant prévoit de généraliser ce système à l’ensemble de ses installations dès la prochaine campagne. Plus au sud, à Timimoun, la société algéro-italienne Bonifiche Ferraressi va plus loin en pilotant ses pivots d’irrigation à distance via des applications mobiles, témoignant de la modernisation rapide du secteur.
Malgré ces succès, la question de la préservation des ressources reste centrale. Le sénateur Moulay Saadoun a récemment alerté lors d’une visite dans la wilaya d’Aïn Defla sur les pratiques d’irrigation encore trop dispendieuses. Le parlementaire a constaté que de nombreux agriculteurs consomment l’eau sans véritable régulation. Il met en garde contre une exploitation excessive qui pourrait épuiser les nappes phréatiques et grever les finances publiques. Cette mise en garde souligne l’impératif de trouver un équilibre entre développement agricole ambitieux et préservation des réserves souterraines. La multiplication des forages individuels sans contrôle pourrait compromettre la durabilité de ce modèle agricole saharien.
L’émergence de nouveaux fronts agricoles dans le désert algérien
Au-delà de Khenchela, d’autres régions désertiques connaissent un essor similaire. Gassi Touil, rattaché à la commune d’Hassi Messaoud dans la wilaya d’Ouargla, participe activement à cette expansion céréalière. Le 9 mai dernier, le wali d’Ouargla a officiellement lancé la campagne de moisson, témoignant de l’importance stratégique que revêtent désormais ces territoires. Les exploitations agricoles se multiplient partout dans le Sahara, transformant progressivement le paysage économique local.
Ces développements s’inscrivent dans une stratégie nationale visant à renforcer l’autosuffisance alimentaire. La disponibilité des eaux souterraines combinée aux progrès technologiques ouvre des perspectives inédites pour l’agriculture algérienne.
L’expansion de la culture céréalière dans les régions sahariennes algériennes démontre le potentiel considérable de ces territoires. Les rendements records obtenus, couplés aux innovations en matière d’irrigation économe, dessinent un avenir prometteur pour la production nationale de blé. Toutefois, la pérennité de ce modèle dépendra de la capacité à gérer durablement les ressources en eau face à une exploitation croissante.