La crise entre l’Algérie et la France continue de nourrir l’intérêt des chercheurs et des journalistes, particulièrement en France, où de nombreux observateurs restent stupéfaits par l’intensité inédite des tensions. Un nouvel ouvrage se penche justement sur les coulisses de cette rupture diplomatique, en explorant les mécanismes profonds qui ont conduit à ce refroidissement sans précédent.
Un livre-enquête sur la rupture algéro-française
Publié le 30 septembre par les éditions Stock, cet ouvrage porte la signature de deux journalistes français, Christophe Dubois et Marie-Christine Tabet. Intitulé « Alger – Paris : dossiers toxiques », il propose une investigation approfondie sur la dégradation des relations bilatérales.
Le livre couvre plus précisément la dernière décennie, marquée par une détérioration progressive des liens entre les deux capitales. Les auteurs y décrivent le glissement d’une histoire faite de « passion » vers ce qu’ils qualifient désormais de « relation toxique ».
Des dossiers imbriqués au cœur de la crise diplomatique
Selon des extraits consultés, l’ouvrage met en lumière l’enchevêtrement de multiples dossiers sensibles. Histoire, mémoire, colonisation, immigration, sécurité, diplomatie et renseignement se croisent dans une relation devenue extrêmement complexe.
Les auteurs insistent particulièrement sur la crise politique qui a secoué les rapports entre le palais d’El Mouradia à Alger et l’Élysée à Paris. Ils affirment qu’à un certain stade, le président Abdelmadjid Tebboune ne répondait plus aux appels de son homologue Emmanuel Macron, une version déjà évoquée par le passé.
Une enquête nourrie de témoignages exclusifs
L’intérêt de ce travail réside, selon ses auteurs, dans la richesse de ses sources. Ils affirment avoir interrogé près d’une centaine de personnalités proches des relations algéro-françaises.
Parmi elles figurent des ministres, des diplomates, des agents du renseignement et des réfugiés politiques. Les deux journalistes assurent également avoir eu accès à des documents inédits, dans l’objectif de dévoiler les coulisses d’une « nouvelle guerre froide » entre Alger et Paris.
Des zones d’ombre dans l’analyse des origines du conflit
Un élément surprend toutefois dans la démarche des auteurs. Le déclencheur principal de la crise réside dans le revirement français sur la question du Sahara occidental, suivi de l’incarcération d’un agent consulaire algérien en dehors des normes diplomatiques.
Malgré cela, les deux journalistes tendent à réduire cette crise aux demandes d’expulsion d’Algériens visés par des mesures d’éloignement du territoire français. Ils évoquent aussi l’emprisonnement de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal.
Le cas du journaliste sportif Christophe Gleizes est également cité. Ce dernier purge une peine de sept ans de prison dans une affaire liée au soutien et à l’apologie du terrorisme.
L’héritage colonial, un poids persistant sur la relation algéro-française
L’ouvrage relie par ailleurs la dégradation des liens bilatéraux aux bouleversements vécus par l’Algérie après le mouvement populaire de 2019. Il analyse l’impact de cette période sur la scène politique et ses répercussions sur la relation avec la France.
Les auteurs évoquent également l’entrelacement des différends et les accusations mutuelles concernant l’existence de « réseaux et opérations sécuritaires et de renseignement croisés ». Selon eux, la mémoire de la guerre et le passé colonial pèsent lourdement sur les rapports actuels.
Ces deux facteurs continueraient de reproduire les crises politiques présentes. En cause : l’incapacité de la partie française à adopter une position courageuse reconnaissant les crimes commis durant les 132 années de colonisation en Algérie.
Un sujet qui divise désormais toute la classe politique française
Le livre souligne une évolution notable du côté français. La « question algérienne », longtemps exploitée surtout par la droite et l’extrême droite, fracture aujourd’hui plus largement l’échiquier politique.
Cette tendance se reflète dans des déclarations hostiles émanant de certains candidats à la prochaine présidentielle française. Ces derniers ne relèvent pas nécessairement des courants traditionnels de la droite.
Le phénomène touche même des figures classées au centre, à l’image d’Édouard Philippe, ancien Premier ministre sous Emmanuel Macron.
Une relation conflictuelle mais profondément interdépendante
Christophe Dubois et Marie-Christine Tabet aboutissent à une conclusion nuancée. Ils refusent de réduire la crise entre Alger et Paris à un simple différend entre les présidents Tebboune et Macron.
Ils s’efforcent au contraire de l’interpréter comme le signe d’une relation où les deux pays, malgré les heurts, restent profondément liés l’un à l’autre. La confrontation n’exclut donc pas une interdépendance durable.
La sortie du livre, quelques mois avant la présidentielle française attendue l’an prochain, renforce sa portée. Elle place la relation avec l’Algérie parmi les dossiers structurants du débat politique en France.
Enfin, l’ouvrage se présente davantage comme un récit venu des cercles du pouvoir, de la sécurité et de la diplomatie que comme une simple analyse journalistique. L’empreinte d’un ancien ambassadeur de France à Alger y transparaît, à travers un témoignage évoqué sans que le nom soit dévoilé.




