Ce constat émerge du rapport annuel « Sending Money Home 2026 », publié par le Fonds international de développement agricole (FIDA), qui dresse un panorama détaillé des flux financiers mondiaux liés aux migrants.
Combien envoie réellement la diaspora algérienne par les canaux officiels ?
À l’échelle de l’Afrique du Nord, l’Algérie apparaît avec un volume officiellement recensé d’environ 1,80 milliard de dollars pour l’année 2025. Une somme qui pèse à peine 0,7 % du produit intérieur brut national.
Plus précisément, le document évalue à 1 799 millions de dollars le total des fonds acheminés par les Algériens de l’étranger vers leurs proches restés au pays. Ces montants correspondent exclusivement aux opérations passant par les circuits réglementés, à savoir les banques et les opérateurs agréés de transfert d’argent.
Un écart considérable avec le Maroc et la Tunisie
La comparaison régionale est frappante. Le Maroc enregistre en effet des transferts atteignant 13,65 milliards de dollars, tandis que la Tunisie affiche 3,25 milliards de dollars. L’Algérie se retrouve donc largement distancée par ses deux voisins immédiats du Maghreb.
Le rapport souligne par ailleurs que les envois de la diaspora algérienne équivalent à seulement 4 % de la valeur totale des exportations nationales. Un ratio particulièrement faible face à l’Égypte, où ce taux grimpe à 57 %, ou encore au Maroc, qui atteint 18 %.
Des transferts vers l’Algérie en recul sur une décennie
Les fonds officiellement comptabilisés ne représentent qu’environ 1 % du produit intérieur brut algérien. Plus révélateur encore, le rapport indique que le volume des envois enregistrés par les voies formelles a chuté de 10 % entre 2015 et 2025.
Cette tendance place l’Algérie parmi les rares nations africaines affichant une croissance négative en la matière, d’après les chiffres du FIDA. Une évolution attribuée principalement à la dualité du système de change et au fossé séparant le taux officiel du taux pratiqué sur le marché parallèle.
Un contraste marqué entre une diaspora nombreuse et des flux limités
Les données mettent en lumière un décalage saisissant. D’un côté, une communauté expatriée considérable, concentrée notamment sur le continent européen. De l’autre, des transferts d’argent étonnamment réduits. Le chiffre officiel de 1,80 milliard de dollars ne traduit donc pas la réalité financière des sommes réellement envoyées.
Le marché parallèle, clé de compréhension des transferts algériens
Ce paradoxe s’explique en grande partie par le poids du marché noir des devises. Le rapport ne prend en compte que les opérations réalisées via les canaux réglementés, laissant de côté une part importante des flux réels.
Dans les faits, une majorité de membres de la diaspora contourne les réseaux bancaires officiels. Ils privilégient plutôt les circuits informels, ou remettent directement des espèces à leurs familles lors de leurs séjours en Algérie.
La motivation est essentiellement financière. L’écart atteint près de 80 % entre le taux de change officiel et celui du marché parallèle. Convertir ses euros ou ses dollars en dehors des institutions permet ainsi d’obtenir bien plus de dinars.
Quelles perspectives pour les envois de fonds vers l’Algérie ?
Tant que persistera cet écart abyssal entre les deux taux de change, les circuits informels continueront vraisemblablement de capter l’essentiel des transferts de la diaspora. La question de la convergence des taux apparaît donc centrale pour espérer canaliser davantage ces flux vers l’économie formelle.
En définitive, les statistiques du FIDA ne racontent qu’une partie de l’histoire. La contribution réelle des Algériens de l’étranger au soutien de leurs proches dépasse largement les 1,80 milliard de dollars recensés. Une réalité que les chiffres officiels peinent à saisir, faute de refléter l’ampleur des transactions parallèles.




