Alors que la flambée des carburants en France pèse lourdement sur les ménages, l’Algérie échappe totalement à cette crise énergétique. Ce contraste s’explique par une stratégie d’autosuffisance en produits pétroliers menée depuis plusieurs années. Le pays, autrefois importateur, produit désormais l’essentiel de ce qu’il consomme.
En l’espace de quelques années, l’Algérie a inversé la tendance. D’importateur de gasoil et d’essence, elle est devenue un producteur capable de couvrir ses propres besoins, avec des carburants fortement subventionnés par l’État.
À plusieurs reprises, le président Abdelmadjid Tebboune a mis en avant, lors de ses interventions publiques, une réalisation qu’il considère comme majeure : l’Algérie n’importe plus le moindre litre d’essence.
Ce constat prend tout son sens face aux répercussions du conflit au Moyen-Orient. La perturbation des routes d’approvisionnement a propulsé les cours du pétrole au-delà des 100 dollars le baril, entraînant mécaniquement une hausse des prix des carburants.
Des prix record du gasoil en France et aux États-Unis
En France, le prix du diesel a atteint des sommets inédits. Le vendredi 18 septembre, le litre de gasoil s’affichait en moyenne à 2,39 euros dans les stations-service, tandis que l’essence culminait à 2,17 euros le litre.
Après un répit estival lié à un accord conclu entre Washington et Téhéran, les tarifs sont repartis à la hausse. Les tensions récentes, notamment entre l’Arabie saoudite et les Houthis, ont ravivé la pression sur les marchés.
Par rapport à la période précédant le conflit iranien, le gasoil français affiche une progression de 38 %. Certains analystes n’excluent pas de voir le litre franchir la barre des 3 euros avant la fin de l’année.
Cette envolée place de nombreux foyers et le tissu économique français dans une situation difficilement soutenable, alors que le pays fait déjà face à une dette publique élevée.
La question du carburant s’est imposée comme un sujet central de la pré-campagne pour la présidentielle de 2027. Les appels à la subvention ou au plafonnement des prix se multiplient dans le débat public.
Le gouvernement français reste toutefois contraint par la réglementation européenne, qui limite les aides à un maximum de 35 centimes par litre, en plus des pressions budgétaires internes.
Total Energies a de son côté bloqué les tarifs à 1,99 euro le litre dans certaines de ses stations. Une initiative accusée de fausser la concurrence, qui a provoqué de longues files d’attente. Aux États-Unis, le gallon de gasoil (3,7 litres) a atteint un pic historique de 6,27 dollars.
La stratégie gagnante de l’Algérie face à la crise des carburants
Pendant que les marchés mondiaux s’affolent, l’Algérie demeure préservée de la crise énergétique. Grâce aux subventions publiques, l’essence, le gasoil et l’ensemble des produits pétroliers restent abondants et parmi les moins chers de la planète.
Concrètement, l’essence est vendue à 47 dinars le litre, soit environ 0,31 euro, et le gasoil à seulement 31 dinars, l’équivalent de 0,20 euro. Des tarifs sans commune mesure avec ceux pratiqués en Europe.
Le pays bénéficie d’un double atout. En tant que producteur et exportateur de pétrole, il a aussi considérablement renforcé ses capacités de raffinage, ce qui lui permet de répondre à une demande intérieure en forte croissance.
En 2024, l’Algérie a consommé 15 millions de tonnes de carburants, dont 11 millions de tonnes de gasoil. Selon l’Autorité de régulation des hydrocarbures (ARH), cette consommation pourrait grimper à 41 millions de tonnes d’ici 2050.
La ligne directrice du pays consiste à faire évoluer sa production au rythme de sa consommation. En 2024, la production de produits pétroliers a atteint 30,5 millions de tonnes, en hausse de 4,4 % sur un an, contre une demande en progression de 6,4 %. La totalité des besoins en essence, gasoil et fioul est ainsi couverte, tout comme une partie des lubrifiants.
Algérie : des capacités de raffinage en pleine expansion
Sur certains dérivés issus de la distillation du pétrole, l’Algérie a nettement renforcé son potentiel à l’exportation. En septembre 2026, elle est ainsi devenue le premier fournisseur de naphta à la Corée du Sud, dépassant les Émirats arabes unis.
Le pays s’appuie sur cinq grandes raffineries, situées à Skikda, Arzew, Alger, Hassi Messaoud et Adrar, auxquelles s’ajoute une unité de traitement de condensat à Skikda. Une méga-raffinerie est par ailleurs en cours de construction à Hassi Messaoud, avec une capacité prévue de 5 millions de tonnes par an, soit 97 000 tonnes de pétrole par jour.
À ces installations s’ajoutent plusieurs projets de modernisation et d’extension des unités existantes. En 2018, l’Algérie a également acquis la raffinerie d’Augusta, en Italie. Longtemps critiqué pour son coût, cet investissement s’est finalement révélé rentable, avec un chiffre d’affaires de 7,2 milliards de dollars et un bénéfice net de 400 millions de dollars en 2022.
La trajectoire algérienne illustre les bénéfices d’une politique énergétique fondée sur l’indépendance et l’investissement dans le raffinage. Tandis que plusieurs économies subissent de plein fouet la volatilité des marchés, l’Algérie consolide sa position de producteur autonome et d’exportateur régional de produits pétroliers.




