La fraude à l’allocation touristique en Algérie connaît un nouvel épisode judiciaire de grande ampleur. Un réseau organisé, soupçonné d’avoir fabriqué de faux voyages vers la Tunisie pour toucher indûment la prime de change, comparaît actuellement devant la justice algéroise. L’affaire, portée par le pôle pénal économique et financier, met au jour des ramifications au sein des banques et de l’administration.
Un système de faux voyages pour détourner l’allocation touristique
Selon les éléments recueillis lors de l’instruction, ce dispositif frauduleux reposait sur une mécanique parfaitement huilée. Le réseau aurait organisé des déplacements fictifs de citoyens algériens vers la Tunisie afin de percevoir illégalement la prime octroyée par la Banque d’Algérie.
À la tête de cette organisation figurerait un individu identifié sous les initiales K.H. Ce dernier aurait orchestré des passages frontaliers dans le seul but de contourner les règles encadrant l’allocation de voyage fixée à 750 euros.
La méthode employée révèle une réelle sophistication. Les voyageurs entraient officiellement en territoire tunisien, faisaient tamponner leur passeport, puis regagnaient rapidement l’Algérie par des points de passage échappant aux contrôles douaniers.
Un contournement délibéré de la durée de séjour légale
Ce procédé permettait d’ignorer la période minimale de sept jours exigée pour prétendre à la prime. En multipliant ces allers-retours éclairs, les membres du réseau simulaient de nouveaux séjours et relançaient sans cesse le processus de demande.
Chaque cycle rapportait ainsi une nouvelle allocation, alimentant un circuit de détournement particulièrement lucratif. Le parquet a décrit ces agissements comme une manipulation directe du dispositif d’aide au voyage instauré par les autorités monétaires.
Au-delà du préjudice financier, cette pratique porte atteinte à l’équilibre du marché des changes algérien. Dans un contexte où la Banque d’Algérie surveille étroitement les mouvements de devises, de telles combines fragilisent tout le système de régulation.
Des complicités bancaires au cœur de l’escroquerie
L’enquête a mis en évidence un rôle actif de certains employés de banque dans le fonctionnement de ce réseau. Ces agents auraient directement remis les primes au meneur K.H., sans jamais les transmettre aux voyageurs qui en étaient les destinataires officiels.
Cette collusion interne constitue l’un des ressorts essentiels de l’escroquerie. Elle a permis de détourner les fonds à la source, court-circuitant les contrôles censés garantir la bonne attribution de l’allocation touristique.
Ces révélations soulignent la vulnérabilité des circuits de distribution des devises face aux détournements. Le dossier illustre combien les complicités internes peuvent transformer un dispositif public en instrument de fraude organisée.
Un policier mis en cause dans le réseau de fraude
L’affaire prend une dimension supplémentaire avec l’implication présumée d’un agent de police, désigné par les initiales A.S. Les investigations ont mis en lumière des échanges téléphoniques entre ce fonctionnaire et le chef du réseau.
Deux appels précis, relevés par les enquêteurs, ont retenu l’attention des magistrats instructeurs. Ces communications ont contribué à établir un lien direct entre le policier et l’organisation criminelle.
Selon les pièces du dossier, A.S. aurait reçu de K.H. une enveloppe contenant plusieurs passeports ainsi qu’une somme en liquide. Ces éléments, versés à la procédure, ont permis de caractériser sa participation au dispositif frauduleux.
Des peines lourdes requises devant le tribunal d’Alger
L’audience s’est tenue le mercredi 20 août 2026 devant le tribunal pénal économique et financier de Sidi M’hamed, à Alger. Le ministère public a requis des sanctions particulièrement sévères à l’encontre des accusés.
Le procureur de la République a demandé des peines d’emprisonnement ferme comprises entre cinq et sept ans contre les huit membres du réseau. Tous sont poursuivis pour avoir bâti un système destiné à contourner les conditions d’octroi de la prime de voyage.
Les charges retenues sont multiples et graves. Elles englobent la constitution d’une association de malfaiteurs visant à enfreindre la réglementation sur les mouvements de capitaux, ainsi que l’abus de fonction et la complicité.
Un signal fort dans la lutte contre la fraude aux devises
Cette procédure s’inscrit dans une politique de fermeté affichée par les autorités algériennes en matière de contrôle des changes. Ces dernières années, plusieurs affaires similaires ont mis en lumière l’ampleur des tentatives de détournement de l’allocation touristique.
Le durcissement des règles d’octroi et le renforcement des contrôles frontaliers traduisent cette volonté de préserver les réserves en devises. La fraude organisée reste néanmoins un défi récurrent dans plusieurs pays du Maghreb confrontés à une forte pression sur leur monnaie.
Le verdict de cette affaire est désormais attendu avec attention. Il pourrait faire jurisprudence et dissuader d’éventuels imitateurs tentés par ce type de montage frauduleux visant l’allocation de change algérienne.
Cette affaire rappelle la vigilance croissante des institutions face aux détournements de fonds publics liés aux voyages. Elle témoigne aussi des efforts déployés pour sécuriser un dispositif sensible, au carrefour des enjeux monétaires et de la mobilité des citoyens algériens.