L’affaire de trafic de visas au consulat d’Espagne à Alger connaît un nouveau rebondissement. Trois employés supplémentaires de la représentation espagnole viennent d’être mis en cause dans le cadre de l’enquête judiciaire ouverte en Espagne. Six personnes sont désormais concernées par cette procédure, tandis qu’une mission d’inspection est attendue à Alger le 20 septembre.
D’après des sources judiciaires citées par la presse espagnole, la juge María Tardón, en poste au Tribunal central d’instruction n°3 de l’Audience nationale, a notifié à trois agents locaux du consulat leur implication dans ce dossier de délivrance frauduleuse de visas Schengen.
Les trois personnes visées sont Maua Belkacemi, secrétaire du consul général Gauden Villas, ainsi que Hocine Malek et Lylia Dricy, deux agents affectés au traitement des demandes de visa. De nationalité algérienne, la secrétaire du consul disposerait par ailleurs de la nationalité espagnole.
Selon les mêmes sources, ces employés continuent pour l’instant d’assurer leurs missions au sein de la représentation. Les tentatives pour recueillir leur version, ainsi que celle du ministère espagnol des Affaires étrangères, sont restées sans réponse.
Six personnes désormais visées par l’enquête sur les visas
Ces trois nouvelles mises en cause viennent compléter celles prononcées en avril. Étaient alors concernés Vicente Moreno, ancien chancelier et numéro deux du consulat, l’employé local Mohamed Boutouchent, ainsi que l’épouse de Moreno.
Ces trois personnes avaient été interpellées en Espagne à la fin du mois d’avril. L’opération avait été conduite par les services spécialisés dans la répression de la criminalité économique et des filières d’immigration clandestine. Les six individus sont aujourd’hui formellement intégrés à l’enquête de l’Audience nationale.
L’origine du dossier remonterait à plusieurs signalements officiels émis par l’ambassade d’Espagne en Algérie, notamment via son service dédié aux affaires intérieures. Ces alertes pointaient l’existence d’un présumé réseau organisant l’octroi illégal de visas Schengen contre rémunération.
Dès 2025, des chefs d’entreprise espagnols avaient également saisi le ministère des Affaires étrangères. Ils dénonçaient des refus répétés de visas de travail visant des ressortissants algériens, certains courriers évoquant déjà des soupçons de dysfonctionnements au sein du consulat.
Des accusations lourdes examinées par la justice
La justice espagnole enquête sur plusieurs infractions présumées : blanchiment d’argent, atteinte aux droits des étrangers, falsification de documents officiels, trafic d’influence et participation à une organisation criminelle.
Les sommes réclamées aux candidats à un visa pouvaient atteindre 25 000 euros par famille dans certains cas. D’après les éléments recueillis, ces montants étaient versés en liquide à des intermédiaires chargés de leur collecte puis de leur répartition.
Une part de ces fonds aurait ensuite été acheminée en Espagne à travers des montages destinés à masquer leur provenance, notamment par l’acquisition de véhicules.
La société BLS impliquée dans le dossier des visas Schengen
L’enquête s’étend également à BLS, prestataire d’origine indienne chargé de gérer les rendez-vous liés aux demandes de visa pour le compte de la diplomatie espagnole.
Selon les investigations, plusieurs sociétés fournissant des services administratifs autour de la prise de rendez-vous et du montage des dossiers seraient concernées. Des employés de ces structures auraient fluidifié certaines procédures en avantageant les familles ayant réglé les sommes exigées par le réseau présumé.
Les enquêteurs scrutent ainsi l’ensemble du circuit de traitement des demandes, de la réservation du rendez-vous jusqu’à la constitution complète des dossiers.
Le dispositif présumé ne se limitait pas à l’obtention de visas. Il aurait aussi pu faciliter, dans certaines situations, la délivrance ou le renouvellement de titres de séjour dans l’espace Schengen, en particulier en Espagne et en France.
Les demandeurs remplissant pourtant les critères légaux auraient été désavantagés par ce système. Leurs rendez-vous pouvaient être écartés au profit de personnes ayant versé des paiements aux intermédiaires.
Une inspection au consulat d’Espagne à Alger le 20 septembre
Face à ce scandale, le ministère espagnol des Affaires étrangères, dirigé par José Manuel Albares, a décidé de dépêcher une mission de contrôle au consulat général d’Espagne à Alger.
Selon des sources diplomatiques, cette équipe doit se rendre dans la capitale algérienne le 20 septembre pour un séjour d’environ une semaine. Sa mission consistera à examiner le fonctionnement de la représentation et à entendre plusieurs membres du personnel local.
La procédure judiciaire avait déjà débouché en avril sur des perquisitions à Sagunto, dans la province de Valence, et à Torrevieja, dans celle d’Alicante. Les enquêteurs y avaient saisi 10 890 euros en liquide, quatre téléphones, deux ordinateurs portables et 17 clés USB. Un bien immobilier à Madrid et plusieurs actifs financiers avaient également été bloqués.
Remis en liberté, Vicente Moreno reste soumis à un contrôle strict : confiscation de son passeport, interdiction de sortie du territoire et pointage bimensuel auprès de la police.
Il a depuis retrouvé un poste dans les services centraux du ministère, au sein de la sous-direction générale des Affaires patrimoniales, chargée notamment du patrimoine immobilier de l’institution.
Ce dossier de trafic de visas au consulat d’Espagne à Alger illustre l’ampleur des soupçons pesant sur la chaîne de traitement des demandes. Les prochaines conclusions de la mission d’inspection et de l’instruction judiciaire seront déterminantes pour mesurer l’étendue réelle du réseau présumé.




