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Tunisie : cinq morts en deux jours embrasent la colère sociale

La colère sociale en Tunisie connaît un nouvel embrasement. En l’espace de 48 heures, les 21 et 22 octobre, cinq personnes ont perdu la vie dans des circonstances qui pointent vers des bavures policières, déclenchant une vague de protestations à travers le pays. Ces événements surviennent quelques jours seulement après la grande marche du samedi 17 octobre à Tunis, où des milliers de citoyens avaient dénoncé l’inflation et le recul des libertés.

Une contestation sociale qui explose en Tunisie

Le mécontentement populaire atteint des sommets rarement observés depuis des années. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’Observatoire social tunisien recense, dans un rapport diffusé le 21 octobre, pas moins de 2882 actions de protestation entre juillet et septembre 2026.

Ce total représente plus du double des 1316 mouvements comptabilisés durant la même période de l’année précédente. Une telle progression traduit un ras-le-bol généralisé, nourri par la dégradation des conditions de vie et un climat social sous tension.

Mais à la différence du rassemblement du 17 octobre, porté par des organisations clairement identifiées et des revendications précises, les récents soulèvements apparaissent dispersés. Ces mouvements ne partagent ni causes communes ni mots d’ordre unifiés, chacun répondant à un drame local distinct.

Sfax, épicentre de la contestation avec trois décès

C’est dans le gouvernorat de Sfax que la tension a été la plus vive, avec trois morts recensés. Le premier drame concerne Aoun Salhi, un jeune homme de 25 ans, décédé dans des conditions obscures lors d’une poursuite policière sur l’axe reliant Jibiliana à El Hencha.

Face à ce décès, la population locale s’est massée devant l’hôpital de la ville en signe de protestation, allant jusqu’à enflammer des pneumatiques. Les heurts avec les forces de l’ordre se sont rapidement envenimés, la police ayant recouru aux gaz lacrymogènes pour disperser la foule.

Une immolation qui ravive le spectre de 2011

Dans la même région, un homme de 45 ans s’est donné la mort par le feu mardi à Agareb. Ce geste tragique fait inévitablement écho à celui de Mohamed Bouazizi, dont l’immolation avait allumé la mèche de la révolution tunisienne en 2011.

Si les motivations exactes de ce drame restent inconnues, le décès de l’homme à l’hôpital Habib Bourguiba de Sfax a embrasé les esprits. Des manifestations nocturnes, des barrages routiers et des confrontations avec la police ont éclaté, les contestataires fustigeant la « marginalisation » dont souffrirait leur territoire.

La mort d’une étudiante provoque un appel à la grève

Toujours à Sfax, une jeune femme de 21 ans a succombé à un malaise. Ses camarades d’université ont vivement critiqué les délais d’intervention des secours, jugés trop lents. En réaction, l’Union générale des étudiants de Tunisie (UGET) a lancé un mot d’ordre de grève générale.

L’Ariana et Nabeul endeuillés à leur tour

La contestation sociale en Tunisie ne s’est pas limitée à Sfax. Dans le gouvernorat de l’Ariana, au quartier Ettadhamen, un jeune homme de 22 ans a trouvé la mort après une intervention des forces de sécurité à son domicile familial, survenue le jeudi 22 octobre.

Ce décès a immédiatement embrasé le quartier. Les habitants ont érigé des barrages et incendié des pneus, tandis que la police répliquait au gaz lacrymogène. Dans une vidéo, le père du défunt a accusé les agents d’avoir exercé des « violences physiques » sur son fils et ses frères, et d’avoir projeté des grenades lacrymogènes à l’intérieur même de la maison.

La version officielle diffère sensiblement. Selon des sources sécuritaires relayées par Mosaïque FM, le jeune homme aurait avalé une quantité de stupéfiants en apercevant les policiers, ce qui aurait entraîné sa mort.

Un conflit environnemental fatal à Nabeul

Le dernier décès s’est produit à Menzel Bouzelfa, dans le gouvernorat de Nabeul, sur fond de contentieux écologique. Depuis plusieurs semaines, les riverains se mobilisent contre une usine jugée polluante et nuisible pour leur santé.

Mercredi, ce combat local a viré au drame : un manifestant âgé de 21 ans a perdu la vie après avoir été renversé par un véhicule au cours des rassemblements.

Ces cinq décès survenus coup sur coup illustrent l’ampleur du malaise qui traverse la société tunisienne. Entre détresse économique, revendications environnementales et dénonciation des méthodes policières, le pays semble renouer avec une effervescence sociale qui rappelle les heures les plus intenses de son histoire récente.

Abdel
Abdel
Journaliste chevronné, je vous propose des articles qui traitent de l'actualité maghrébine et de la diaspora en général.

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