Les titres de séjour pour les Algériens en France reviennent au cœur du débat politique à l’approche de la présidentielle. Alors que plusieurs candidats promettent de revoir l’accord franco-algérien de 1968, un avocat parisien démonte, textes et statistiques à l’appui, huit affirmations qu’il juge trompeuses.
L’immigration algérienne au centre de la campagne présidentielle
À huit mois du scrutin, la question migratoire s’impose comme l’un des sujets majeurs de la future élection présidentielle française. Certains prétendants au pouvoir affûtent déjà leurs positions sur ce terrain sensible.
C’est notamment le cas d’Édouard Philippe. L’ancien locataire de Matignon martèle depuis plusieurs jours sa volonté, s’il accède à l’Élysée, de « dénoncer » l’accord franco-algérien conclu en 1968.
Ce texte historique, qui encadre le statut et la circulation des ressortissants algériens en France, cristallise les tensions. Il est régulièrement présenté comme un dispositif offrant des privilèges exceptionnels aux Algériens installés sur le sol français.
La riposte d’un avocat au barreau de Paris
Face à ce discours, Me Abderrazak Boudjelti, avocat franco-algérien inscrit au barreau de Paris, a pris la plume. Dans une tribune diffusée par un média spécialisé sur l’Algérie, il répond point par point à l’ancien Premier ministre.
Le juriste s’appuie sur les textes de loi et les données chiffrées pour contester ce qu’il qualifie de « contre-vérités » relayées par une partie de la classe politique hexagonale. Son objectif : rétablir les faits face à un récit qu’il estime déformé.
Un accord bien moins avantageux qu’on ne le prétend
Selon les propos de plusieurs responsables de droite et d’extrême droite, les Algériens obtiendraient sans difficulté un droit au séjour en France. Une simple demande suffirait, à les entendre, pour décrocher un titre de séjour.
Me Boudjelti balaie cette idée reçue. Il invite ses contradicteurs à consulter les statistiques de l’Insee, qui contredisent selon lui l’image d’une prétendue « vague submersive » venue d’Algérie.
L’avocat rappelle également que l’Algérie n’est pas la seule à disposer d’un accord bilatéral avec Paris. Le Maroc et la Tunisie bénéficient aussi de conventions spécifiques, sans provoquer la même agitation dans le débat public.
Huit affirmations démontées par le juriste
Le juriste observe un traitement à géométrie variable. Alors que les accords conclus avec d’autres États restent largement méconnus du public, des médias et même des responsables politiques, celui de 1968 occupe régulièrement le devant de la scène.
Devenu le sujet dont « tout le monde se dit connaisseur », l’accord franco-algérien fait l’objet, selon l’avocat, de nombreuses assertions inexactes. Il en dresse la liste dans sa contribution.
La liste des contre-vérités relevées
Parmi les idées fausses dénoncées par Me Boudjelti figurent notamment les affirmations suivantes concernant les ressortissants algériens :
- Ils seraient les seuls à obtenir un titre de séjour sur simple présentation d’un visa lorsqu’ils sont mariés à un citoyen français.
- Ils seraient les seuls conjoints de Français à décrocher une carte de dix ans après un an de mariage, quand les autres nationalités patientent trois ans.
- Ils seraient les seuls à pouvoir être régularisés après dix années passées en situation irrégulière.
- Ils bénéficieraient de conditions de regroupement familial nettement plus favorables, accédant au même titre de séjour que la personne qu’ils rejoignent.
- Aucune obligation d’intégration ne serait imposée aux membres de famille arrivant par le regroupement familial.
- Aucun contrat d’intégration républicaine ne leur serait demandé.
- Ils disposeraient d’une liberté « très étendue » pour exercer une activité professionnelle.
- Ils seraient plus de 2,5 millions, un chiffre incluant les enfants et petits-enfants nés en France ainsi que les binationaux.
Sur ce dernier point, l’avocat pointe une contradiction : comptabiliser les binationaux dans ce total revient, selon lui, à leur nier implicitement leur citoyenneté française.
Un débat qui mêle chiffres et récits politiques
À travers cette mise au point, Me Boudjelti cherche à distinguer les faits juridiques des raccourcis véhiculés dans le débat public. Pour lui, les avantages supposés du texte de 1968 relèvent souvent du fantasme plutôt que de la réalité administrative.
Alors que l’accord franco-algérien continuera d’alimenter la campagne présidentielle, cette prise de parole illustre la fracture entre les discours politiques et les données objectives. Le sujet promet de rester brûlant jusqu’au scrutin.
