Dès son intégration à la maison d’édition Grasset, qui appartient au groupe Louis Hachette dirigé par l’homme d’affaires Vincent Bolloré, Boualem Sansal, un écrivain franco-algérien qui se sépare de son éditeur historique Gallimard, redouble d’efforts dans sa critique de l’Algérie.
Une bataille judiciaire contre l’Algérie
A l’occasion des célébrations du bicentenaire du groupe, l’auteur connu pour son livre « Le Village de l’Allemand » a annoncé son intention de poursuivre les autorités algériennes devant un tribunal international. Il souhaite obtenir des éclaircissements concernant son incarcération ainsi que sur la privation d’une année de sa vie.
« J’ai été agressé par un gouvernement, par un régime. Je ne cherche pas la vengeance, mais je désire un jour que justice soit faite », a-t-il déclaré lors d’une interview sur CNews, un média également lié à Bolloré et souvent associé aux idées d’extrême droite.
L’écrivain considère sa situation comme « inacceptable » et assure qu’il ira jusqu’au bout de son engagement. Le fait qu’il soit devenu citoyen français en 2024 et sa libération récente grâce à un acte de grâce présidentielle, en réponse à une demande du président allemand, tissent un arrière-plan complexe à son départ de Gallimard.
Des considérations financières et des motivations intrigantes
La décision de Sansal de quitter Gallimard, où il était publié depuis 1999, a suscité des discussions au sein du milieu littéraire français. Son ancien éditeur l’avait soutenu durant son incarcération en Algérie, notamment lorsqu’il avait embrassé des thèses marocaines sur des questions territoriales.
Sansal a aussi évoqué son besoin urgent de se libérer d’un passé dans lequel il se sentait « otage ». Il a manifesté son désir de vivre dans un nouveau contexte en France et en Allemagne, affirmant que son comité de soutien avait participé à sa libération. « Je dois apprendre à vivre libre », a-t-il ajouté.
Un choix controversé selon libération
Des sources comme « Le Canard enchaîné » rapportent que Nicolas Sarkozy, ancien président français proche de Bolloré, aurait conseillé à Boualem Sansal de quitter Gallimard. Ce conseil aurait été perçu comme une manière pour Sarkozy de diminuer le rôle de Macron dans la libération de l’écrivain, tout en suggérant de rejoindre Fayard, une maison d’édition associée à Bolloré, qui publie aussi des œuvres de Sarkozy.
Il a été rapporté que Boualem Sansal aurait négocié un montant d’environ un million d’euros pour son nouveau livre, un récit centré sur son expérience d’incarcération, alors que Gallimard ne lui avait proposé que 100 000 euros.
Une position politique marquée
En quittant Gallimard pour rejoindre une maison étroitement liée à un milliardaire d’extrême droite, Boualem Sansal a pris un choix qui pourrait affecter son image. Certains le voient comme un traître, tandis que d’autres estiment que ses actions confirment ses sympathies politiques envers l’extrême droite.
Ce choix de maison d’édition s’inscrit dans un contexte où l’écrivain, après sa libération, avait évité les attaques sévères contre l’Algérie. Toutefois, ses récentes déclarations à CNews représentent un tournant significatif. Pour la première fois, il dénonce ouvertement « un gouvernement, un régime » et manifeste son intention de traduire l’affaire devant les instances judiciaires internationales.
Avec des médias du groupe Bolloré souvent critiques envers l’Algérie, la décision de Boualem Sansal d’écrire un livre sur son emprisonnement soulève des questions sur une potentielle exploitation politique de son témoignage. Cette dynamique s’inscrit dans un moment délicat de la politique française, à l’aube de l’élection présidentielle de 2027, où des thèmes tels que l’immigration et les relations entre la France et l’Algérie occupent une place prépondérante dans le débat public. La figure de Boualem Sansal pourrait ainsi devenir un symbole utilisé dans certaines narrations politiques.