Le conflit au Sahara occidental vient d’enregistrer une perte symbolique majeure pour le Front Polisario. Lehbib Mohamed Abdelaziz, commandant militaire sahraoui et fils de feu Mohamed Abdelaziz, ancien président de la République arabe sahraouie démocratique, a perdu la vie lors d’affrontements armés contre les forces marocaines. L’annonce officielle émane du ministère sahraoui de la Défense, confirmant le décès de ce haut gradé âgé de 37 ans.
Mort du fils de l’ancien président sahraoui lors d’affrontements
Selon les autorités sahraouies, Lehbib Mohamed Abdelaziz a trouvé la mort dimanche 7 juin lors d’opérations militaires menées près du dispositif de défense marocain. Deux autres combattants de l’Armée de libération du peuple sahraoui (ALPS) sont également tombés au cours de cette même confrontation armée.
L’agence de presse sahraouie SPS a relayé un communiqué du ministère de la Défense précisant que ces pertes humaines sont survenues durant des combats contre les positions militaires marocaines. La présidence de la République sahraouie a immédiatement proclamé trois journées de deuil national, débutant dimanche soir à 20 heures.
Au moment de sa disparition, le commandant occupait des fonctions stratégiques au sein de l’organisation indépendantiste. Il dirigeait la première brigade de réserve de l’ALPS et siégeait au secrétariat national du Front Polisario. Il laisse derrière lui une épouse et trois enfants.
Parcours militaire et formation d’un haut gradé sahraoui
Né en 1989 dans les camps de réfugiés sahraouis installés près de Tindouf, en territoire algérien, Lehbib Mohamed Abdelaziz a grandi dans cet environnement d’exil. Sa formation initiale comprenait l’apprentissage coranique et une scolarité élémentaire dispensée dans ces camps qualifiés de « camps de la dignité » par les Sahraouis.
Sa trajectoire l’a ensuite conduit en Algérie où il a entrepris des études supérieures en relations internationales. Cette formation académique précéda son engagement militaire, formalisé en novembre 2011 par son intégration dans l’Armée de libération du peuple sahraoui.
Dès 2012, le jeune officier suivit une formation spécialisée auprès des unités d’élite. Entre 2017 et 2018, il compléta son cursus militaire par une formation en commandement et état-major, préparant ainsi son ascension au sein de la hiérarchie militaire sahraouie.
Ascension au sein de l’appareil militaire du Polisario
La carrière de Lehbib Mohamed Abdelaziz connut une progression constante à travers différents échelons. Il occupa successivement les postes de chef de section puis de commandant de bataillon au sein des forces sahraouies.
Son expertise le conduisit également vers des responsabilités administratives stratégiques. Il assuma notamment la direction de l’administration générale du ministère de la Défense et fut membre de l’état-major sahraoui, démontrant une polyvalence entre terrain et stratégie.
Nommé plus tard à la tête de la direction centrale de l’entraînement, il supervisait la formation des combattants. En 2024, il accéda au commandement de la première brigade de réserve. Cette même année, lors du XVIe congrès du Front Polisario, il fut élu membre du secrétariat national, confirmant son importance politique croissante.
Portrait d’un commandant apprécié par ses pairs
Le ministère sahraoui de la Défense a rendu hommage aux qualités humaines du défunt officier. Les autorités militaires ont salué un homme faisant preuve de responsabilité dans son travail et d’humilité dans sa communication.
D’après le communiqué officiel, Lehbib Mohamed Abdelaziz ne recherchait pas la reconnaissance personnelle et privilégiait des relations simples et directes avec ses subordonnés. Ce style de commandement proche de la troupe lui aurait valu l’estime de ses hommes.
Héritage d’une figure historique du mouvement sahraoui
Mohamed Abdelaziz, père du commandant décédé, représente une figure fondatrice de la cause sahraouie. Il prit la tête du mouvement de libération dès 1975, année de l’annexion du Sahara occidental par le Maroc.
Président de la République arabe sahraouie démocratique pendant quatre décennies, de 1976 jusqu’à son décès en 2016, Mohamed Abdelaziz incarna la lutte pour l’indépendance. À sa mort, Brahim Ghali lui succéda à la présidence, assurant la continuité de la direction politique du Front Polisario.
La disparition du fils de cette figure historique constitue une perte symbolique pour le mouvement indépendantiste sahraoui. Elle intervient dans un contexte de tensions persistantes au Sahara occidental, territoire disputé entre le Maroc et le Front Polisario depuis près de cinq décennies. Cette actualité rappelle que le conflit, bien que largement méconnu internationalement, demeure actif avec des affrontements sporadiques le long du dispositif de séparation militaire.