Dans la commune de Paiporta, située dans la province de Valence en Espagne, une psychologue clinicienne a pris une décision radicale pour venir en aide à seize migrants maghrébins. Sandra López, bénévole au sein de l’association Amigos de la Calle, a accepté d’enregistrer ces ressortissants algériens et marocains à son adresse personnelle. Cette initiative vise à leur permettre d’accéder à une procédure exceptionnelle de régularisation avant l’expiration du délai imposé.
Un blocage administratif qui empêche la régularisation des sans-papiers
L’action de cette bénévole s’inscrit dans un contexte de tensions avec les autorités municipales de Paiporta. La mairie aurait refusé d’inscrire ces migrants maghrébins comme résidents dans la rue, bien que cette option soit juridiquement prévue en Espagne. Dans plusieurs métropoles du pays, notamment à Valence, les personnes sans domicile fixe peuvent obtenir une inscription administrative via une adresse rattachée aux services sociaux.
Toutefois, cette possibilité ne semble pas appliquée dans cette commune valencienne. Sandra López explique avoir multiplié les démarches pendant plusieurs semaines sans obtenir de réponse satisfaisante. Elle mentionne avoir attendu quinze jours pour décrocher un rendez-vous et trois semaines supplémentaires pour rencontrer le premier magistrat de la ville.
La municipalité justifie sa position en évoquant des incohérences dans les dossiers présentés. Selon des sources officielles, tous les membres du groupe ne résideraient pas à Paiporta depuis la même durée. Plusieurs d’entre eux vivraient dans un hangar industriel situé près de la station de métro locale.
Des migrants maghrébins installés depuis deux ans dans la région valencienne
Le groupe concerné par cette procédure est composé de seize personnes âgées de 24 à 63 ans. D’après les informations transmises par la bénévole, ces ressortissants algériens et marocains ont rejoint le territoire espagnol par la mer. Ils se sont établis dans cette commune valencienne il y a approximativement deux années.
Sandra López souligne que ces migrants ont apporté leur contribution lors des catastrophes naturelles récentes. Ils auraient notamment participé aux opérations de solidarité suite au passage de la tempête DANA, qui a provoqué des inondations majeures dans la région de Valence.
Leur situation matérielle demeure extrêmement précaire. Ces sans-papiers algériens et marocains ne bénéficient pas d’un approvisionnement stable en électricité ni en eau potable. Leurs logements de fortune ne disposent d’aucun équipement pour cuisiner. Pour générer des revenus, une partie d’entre eux assure la surveillance de parkings tandis que d’autres collectent des métaux qu’ils revendent ensuite.
L’association qui les accompagne organise des distributions alimentaires hebdomadaires, principalement le dimanche, pour leur apporter un soutien nutritionnel indispensable.
Une course contre la montre avant la date limite du 30 juin
L’urgence de la situation s’explique par le calendrier imposé par les autorités espagnoles. Le gouvernement a ouvert une fenêtre exceptionnelle pour régulariser les migrants en situation irrégulière, avec une date butoir fixée au 30 juin 2026. Les candidats doivent notamment démontrer leur présence continue sur le sol espagnol.
Pour étayer les demandes de régularisation, la psychologue a élaboré un document médico-légal détaillant l’état psychologique des migrants. Ce rapport fait état de multiples troubles liés au parcours migratoire et aux conditions de vie actuelles. Les pathologies identifiées incluent des difficultés d’adaptation, des manifestations anxieuses et des épisodes dépressifs.
C’est dans ce contexte que Sandra López a lancé, le 5 juin 2026, les démarches d’inscription au registre municipal des habitants. Elle a proposé d’héberger officiellement les seize migrants à son domicile, acceptant des conditions de surpopulation importantes. Cette preuve de résidence constitue un élément essentiel pour compléter leurs dossiers administratifs.
Un dénouement partiel avec des délais administratifs problématiques
Au terme de ces démarches, treize migrants algériens et marocains ont finalement pu être enregistrés à l’adresse de la bénévole. Les trois personnes restantes n’ont pas pu finaliser leur inscription faute de disposer d’un passeport valide, document indispensable pour l’enregistrement administratif.
Néanmoins, un obstacle majeur subsiste. Les services municipaux ont indiqué que l’examen complet de ces inscriptions pourrait nécessiter un délai allant jusqu’à trois mois. Cette temporalité pose un problème critique puisque la date limite de dépôt des dossiers de régularisation interviendra bien avant la fin de ce processus de vérification.
Cette affaire illustre les difficultés administratives auxquelles sont confrontés les migrants maghrébins en Espagne dans leur quête de régularisation. Elle met également en lumière le rôle crucial des associations et des citoyens engagés face aux blocages institutionnels. L’issue de ces démarches déterminera si ces seize personnes pourront éviter l’expulsion et accéder à un statut légal sur le territoire espagnol.