Le prix du pétrole grimpe fortement ce mardi et flirte désormais avec le seuil symbolique des 100 dollars le baril. Cette flambée s’explique par une vague d’attaques menées par les rebelles houthis du Yémen contre le sud-ouest de l’Arabie saoudite, où plusieurs sites du groupe Saudi Aramco ont été visés.
Le pétrole en nette hausse sous l’effet des tensions saoudiennes
En milieu de matinée, autour de 10H35 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord destiné à une livraison en novembre progressait de 1,48 % pour atteindre 98,44 dollars. De son côté, le West Texas Intermediate américain, prévu pour octobre, s’appréciait de 2,51 % à 93,78 dollars.
Cette dynamique haussière reflète la sensibilité extrême des marchés face à toute perturbation touchant le royaume saoudien. En tant que premier exportateur mondial de brut, l’Arabie saoudite occupe une place déterminante dans l’équilibre de l’offre énergétique planétaire.
Une offensive d’ampleur inédite contre le territoire saoudien
Les frappes revendiquées par les Houthis ont provoqué des dizaines de blessés dans le royaume. Elles représentent l’assaut le plus significatif mené par les rebelles yéménites contre le sol saoudien depuis plusieurs années.
Selon les analystes de DNB Carnegie, Riyad a confirmé l’interruption de l’activité de plusieurs installations énergétiques situées dans le sud du pays. Les attaques auraient également déclenché des incendies sur certains sites touchés.
Un conflit yéménite ravivé par les tensions régionales
La reprise des hostilités remonte au mois de juillet, lorsque le Yémen a de nouveau basculé dans la guerre. Le conflit oppose les rebelles houthis à la coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite, qui appuie le gouvernement yéménite reconnu à l’échelle internationale.
Cette escalade s’inscrit dans un climat régional particulièrement instable. L’ensemble du Moyen-Orient reste marqué par les répercussions de l’offensive israélo-américaine dirigée contre l’Iran, qui alimente les crispations sur toute la zone.
Des installations pétrolières au cœur des tensions
La vulnérabilité des infrastructures énergétiques saoudiennes constitue une préoccupation majeure pour les opérateurs du marché. Chaque incident affectant la production de Riyad se répercute immédiatement sur les cotations mondiales du brut.
La sensibilité du marché pétrolier à la production saoudienne explique pourquoi ces attaques ont un tel impact sur les cours. Les investisseurs redoutent une réduction durable des capacités d’extraction du royaume.
Le détroit d’Ormuz, autre foyer d’inquiétude pour le brut
Au-delà de la situation saoudienne, les acteurs du secteur surveillent de près l’évolution autour du détroit d’Ormuz. Ce couloir maritime demeure un point de passage stratégique pour une part considérable des exportations pétrolières mondiales.
Dimanche, Mohsen Rezaï, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a annoncé la création prochaine d’une nouvelle « zone interdite » à proximité de ce passage. Cette mesure devrait être officialisée « dans les prochains jours » selon ses déclarations.
Un risque accru sur les exportations du Golfe
Même si Téhéran ne peut pas totalement bloquer la circulation des navires, plusieurs facteurs pourraient compliquer les échanges. Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management, pointe un durcissement possible des restrictions.
À cela s’ajoutent une montée du risque militaire et une hausse des primes d’assurance maritime. Ces éléments combinés pourraient amputer la capacité réelle d’exportation de la région du Golfe, selon l’expert.
Une tension masquée sur les produits pétroliers dérivés
Bien que le baril reste encore sous la barre des 100 dollars, cette apparente modération dissimule une pression bien plus vive sur d’autres segments. Les produits raffinés connaissent en effet une flambée de leurs prix.
Ole Hansen, analyste chez Saxo Bank, souligne notamment le cas du diesel européen, qui s’échange à près de 200 dollars le baril. Le kérosène destiné à l’aviation évolue lui aussi à des niveaux particulièrement élevés.
La combinaison des attaques contre l’Arabie saoudite et des incertitudes pesant sur le détroit d’Ormuz maintient donc le pétrole sous forte pression. Tant que les tensions régionales persisteront, le marché énergétique mondial restera exposé à de nouvelles secousses.