L’accord nucléaire entre les États-Unis et l’Arabie saoudite vient de franchir une étape majeure, mais Donald Trump l’a immédiatement lié à un enjeu diplomatique explosif : la reconnaissance d’Israël par Riyad. Signé à Washington, ce partenariat sur le nucléaire civil intervient dans un contexte régional particulièrement instable.
Fragilisée par la résistance opposée par l’Iran à l’offensive américano-israélienne, exposée aux attaques répétées des Houthis sur son flanc sud et bousculée par les recompositions stratégiques du Proche-Orient, l’Arabie saoudite semble tirer les leçons d’un voisinage devenu menaçant pour sa stabilité.
Confrontée à des défis à la fois énergétiques et sécuritaires, la monarchie cherche aujourd’hui à multiplier ses garanties de protection et à ne plus dépendre d’un seul allié pour assurer sa sécurité.
Un accord nucléaire jugé « historique » entre Washington et Riyad
C’est dans cette logique qu’il faut lire le pacte conclu mercredi avec les États-Unis autour du nucléaire civil, présenté comme « historique » par les deux capitales. Le document a été paraphé par le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, et le prince Abdelaziz Ben Salmane, ministre saoudien de l’Énergie.
Ce texte pose les bases d’une coopération de plusieurs décennies dans le secteur atomique civil. Fruit de négociations entamées dès le premier mandat de Donald Trump, il voit le jour alors que les tensions entre Washington et Téhéran ont repris après les frappes israélo-américaines contre l’Iran.
Cet affrontement a lourdement pesé sur la stabilité de plusieurs royaumes du Golfe et sur l’économie mondiale, notamment avec la fermeture du détroit d’Ormuz. Pour Riyad, désormais consciente de sa vulnérabilité face à Téhéran, ce climat pousse à repenser ses outils de défense.
Le nucléaire civil saoudien suscite de vives inquiétudes
D’après plusieurs médias américains, il s’agit d’un accord dit « 123 », en référence à l’article de la loi américaine sur l’énergie atomique qui régit les transferts de technologies nucléaires à usage civil. Sa durée serait fixée à trente ans.
Le partenariat s’appuierait sur le réacteur AP1000 conçu par le groupe américain Westinghouse. D’une puissance d’environ 1 100 mégawatts, cet équipement peut alimenter une ville moyenne ou un vaste centre de données dédié à l’intelligence artificielle.
L’accord ouvre ainsi la voie à l’édification de centrales atomiques dans un pays qui produit encore l’essentiel de son électricité grâce au pétrole et au gaz. Deux lettres annexes, dont la teneur reste confidentielle, complètent le dispositif, selon ces sources.
La crainte d’un enrichissement d’uranium sur le sol saoudien
Dès son annonce, le texte a alimenté les craintes aux États-Unis, en particulier chez les spécialistes de la non-prolifération. Plusieurs médias ont évoqué la possibilité qu’à terme, l’uranium puisse être enrichi directement en territoire saoudien.
Donald Trump a balayé cette hypothèse, affirmant que l’accord interdisait tout enrichissement de matières nucléaires et se limitait à des finalités strictement civiles. Le secrétaire d’État Marco Rubio a de son côté assuré que le texte comportait des garde-fous excluant toute dérive militaire.
Ces garanties n’ont toutefois pas éteint la controverse. Plusieurs sénateurs démocrates redoutent une nouvelle course à l’armement atomique dans la région. Ils pointent la contradiction consistant à contrer le programme iranien tout en offrant à Riyad des technologies nucléaires sensibles.
La reconnaissance d’Israël posée comme condition de l’accord
La grande singularité de cet accord réside dans sa subordination à la reconnaissance future d’Israël par l’Arabie saoudite. Pour Donald Trump, la validation finale du texte dépend de l’adhésion du royaume aux accords d’Abraham.
Signés en 2020, ces accords avaient permis la normalisation des relations entre l’État hébreu, les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc. « L’accord sera approuvé, mais il est entièrement conditionné à l’adhésion de l’Arabie saoudite aux accords d’Abraham », a écrit le président américain sur son réseau Truth Social.
Une telle éventualité, si elle se concrétisait, provoquerait un véritable bouleversement dans le monde arabo-musulman, compte tenu du poids diplomatique considérable de Riyad et de son rôle de gardienne des lieux saints de l’islam.
Le silence prudent de l’Arabie saoudite
Jusqu’à présent, l’Arabie saoudite n’a pas réagi officiellement aux propos du président américain. Elle n’a ni confirmé ni démenti publiquement que la normalisation avec Israël faisait partie des conditions acceptées dans le cadre de cet accord.
Riyad a néanmoins martelé à plusieurs reprises, en particulier depuis le déclenchement de la guerre à Gaza, qu’aucun rapprochement avec Israël ne serait envisageable sans progrès tangibles vers la création d’un État palestinien.
Au vu de la situation actuelle dans l’enclave palestinienne, cette ligne suggère qu’une adhésion saoudienne aux accords d’Abraham n’est pas pour demain. Israël, d’abord silencieux, a fini par se féliciter de la perspective d’une reconnaissance par le royaume.
Cet accord conserve malgré tout une portée géopolitique de premier plan. Il permet à Washington de consolider son influence régionale au détriment de Pékin et de Moscou, tandis que Riyad y voit un moteur de modernisation économique et un levier de dissuasion face à son rival iranien.
