Tandis que les États-Unis portent au pouvoir des élus musulmans sur la base de leurs programmes, la France s’enlise dans une surenchère électorale qui stigmatise les Français d’origine immigrée. Ce contraste révèle un véritable fossé entre deux démocraties qui prennent des directions opposées sur les questions d’identité et de religion.
Outre-Atlantique, les citoyens ont voté pour des idées, non pour des origines ou des croyances. L’exemple d’Abdul El-Sayed, élu sénateur du Michigan malgré l’opposition de Donald Trump, illustre parfaitement cette dynamique. Ce médecin aux racines égyptiennes devient ainsi le premier sénateur de confession musulmane.
Avant lui, une autre personnalité détestée du président américain, Zohran Mamdani, avait conquis la mairie de New York, métropole emblématique s’il en est. Deux signaux forts envoyés par l’électorat américain.
Un abîme sépare les démocraties française et américaine
Au lendemain du succès des Démocrates lors des élections de mi-mandat, Jean-Noël Barrot, à la tête de la diplomatie française, a parlé d’« une excellente nouvelle pour la démocratie américaine ». Un commentaire révélateur du décalage entre les deux nations.
En observant les classes politiques respectives, le constat s’impose : un gouffre sépare les deux pays dans leur rapport au vivre-ensemble. Là où les Américains débattent de projets et de visions, la France se focalise sur les origines et la foi.
À quelques mois de la présidentielle de 2027, le débat public tourne presque exclusivement autour de l’immigration, de l’identité nationale, de l’islam, des musulmans, ainsi que de l’Algérie et de ses ressortissants. Des thèmes rabâchés jusqu’à l’épuisement.
On croirait pourtant que la France n’a aucune préoccupation économique : ni dette colossale parmi les plus élevées au monde, ni carburant hors de prix, ni coût de la vie devenu insupportable pour beaucoup.
Une nouvelle ligne de fracture : les Français issus de l’immigration
Depuis peu, la classe politique s’est trouvé un terrain inédit pour s’affronter : le sort réservé aux Français issus de l’immigration. Une discrimination entre citoyens d’un même pays s’installe insidieusement.
Preuve de la banalisation des thèses d’extrême droite, cette distinction ne provient pas des figures habituelles du camp xénophobe. Ce ne sont ni Marine Le Pen, ni Jordan Bardella, ni Éric Zemmour qui ont pointé une surreprésentation des « jeunes issus de l’immigration » lors des récentes violences urbaines.
C’est l’ancien chef du gouvernement et prétendu « centriste » Édouard Philippe qui a tenu ces propos. Il est allé jusqu’à proclamer « l’échec de l’intégration » parce que des jeunes se sont exprimés avec colère pour faire entendre leurs revendications.
En France, le racisme a franchi ses frontières traditionnelles
Rien de surprenant dans cette évolution. Depuis des années, la course à la surenchère a propagé les discours racistes bien au-delà de leur sphère d’origine, contaminant presque toute la classe politique.
Questionné sur le caractère criminel de la colonisation, le même Édouard Philippe avait répondu par un « non » dépourvu de la moindre nuance. Une position qui en dit long sur le glissement idéologique en cours.
Dans ce prétendu « débat » autour des Français d’origine étrangère, la cible visée ne fait aucun doute. Le journaliste Jean-Michel Aphatie, connu pour appeler les choses par leur nom, l’a rappelé avec justesse.
Selon lui, ceux qui tiennent ces propos n’expriment qu’une partie de leur pensée : « On ne parle pas de l’immigration argentine. On parle de l’immigration maghrébine ou africaine, mais on ne le dit jamais. »
Le chroniqueur a dénoncé l’émergence d’« un racisme qui a un nouveau visage », un langage discriminatoire que personne ne nomme comme tel. Il a déploré l’existence de « Français moins Français que les autres », s’interrogeant sur le nombre de générations nécessaires pour sortir de cette catégorisation : une, deux, trois, ou pour l’éternité ?
L’Amérique rejette le trumpisme, la France tentée par son clone
Ségolène Royal n’a pas mâché ses mots non plus. Elle a jugé « d’autant plus indigne » que de tels propos surviennent au moment où le pays se recueillait après un attentat terroriste à caractère raciste, en référence au drame de Trappes.
On pourrait ajouter que cette surenchère permanente autour de l’islam et de l’immigration ne semble plus connaître aucune limite. Elle s’est généralisée au point de devenir la norme du débat politique.
Malgré deux victoires électorales d’un Donald Trump ouvertement hostile aux étrangers et aux musulmans, et malgré la puissance passée de ses soutiens du mouvement MAGA, un écart demeure flagrant entre la démocratie américaine et ce qu’est devenue la démocratie française.
Aux États-Unis, des électeurs de tous horizons choisissent massivement des musulmans pratiquants. En France, on exige d’eux qu’ils dissimulent leur foi, leur identité et leurs racines. Pendant que l’Amérique tourne le dos au trumpisme, la France paraît prête à installer au pouvoir sa version européenne dès le printemps prochain.


