L’essor des réseaux sociaux a radicalement modifié la façon dont les médecins communiquent et partagent des informations. S’ils présentent des avantages pour l’éducation et l’information sanitaire, ces plateformes sont également devenues le théâtre de comportements préoccupants qui menacent les principes d’éthique médicale, notamment la dignité, la confidentialité, l’autonomie professionnelle, la confraternité, et la priorité donnée au patient.
La commercialisation de la pratique médicale sur les réseaux sociaux
Sur Facebook, Instagram et TikTok, on observe une transformation inquiétante vers une marchandisation des soins. Propositions de réductions, promotions, et publicités sur les actes médicaux montrent une dérive vers une médecine commerciale, allant à l’encontre du code de déontologie médicale établi par le décret 92/276 du 6 juillet 1992. Les actes médicaux ne doivent pas être traités comme des produits de consommation. De plus, certaines plateformes favorisent la monétisation et les partenariats commerciaux, entraînant certains médecins à devenir des promoteurs de produits ou équipements médicaux.
La médecine spectacle et ses conséquences
Le phénomène de la « médecine spectacle » se manifeste par des consultations mises en scène, des patients filmés, et des interventions transformées en contenus promotionnels. Cette mise en scène extrême conduit à une dépersonnalisation du patient, qui devient un simple outil pour l’autopromotion des médecins. Les valeurs essentielles telles que la discrétion, la confidentialité, et la rigueur médicale sont souvent sacrifiées au bénéfice d’une visibilité accrue sur ces plateformes.
Des médecins, souvent novices, diffusent parfois des informations non validées, voire dangereuses. La popularisation de pratiques non conventionnelles comme la hidjama, sans validation scientifique, illustre ce problème. L’inaction des organismes de régulation, comme l’Ordre National des médecins et les gouvernements locaux, aggrave cette situation.
Vers une réflexion sur l’interdiction des réseaux sociaux pour les médecins
Devant cette situation désastreuse et l’échec des mesures de régulation existantes, une interdiction des réseaux sociaux pour les médecins du secteur libéral est envisagée. Cette mesure ne vise pas à restreindre la liberté d’expression mais à protéger les patients, la profession médicale, et à préserver l’intégrité de la médecine. Elle soulève cependant la question de l’avenir de la médecine : voulons-nous qu’elle se transforme en un spectacle commercial, où le médecin devient un vendeur ? Bien que l’interdiction ne soit pas la solution idéale, elle pourrait être nécessaire face au déclin actuel de l’éthique médicale.