Un rappeur marocain installé en France, détenu pour avoir chanté « Pegasus », relance le débat sur la liberté d’expression au Maroc. Quelques jours seulement après l’interpellation du journaliste Ali Lmrabet à l’aéroport de Tanger, une nouvelle voix critique envers la monarchie se retrouve derrière les barreaux. Pour les Marocains qui s’expriment librement depuis l’étranger, revenir au pays semble désormais comporter de sérieux risques.
D’après le journaliste espagnol Ignacio Cembrero, l’artiste Mehdi Lyoubi, plus connu sous le pseudonyme de Mehdi Black Wind, se trouve actuellement en détention provisoire. Il serait incarcéré à la prison d’Oukacha, située à Casablanca.
Le rappeur Mehdi Lyoubi emprisonné au Maroc après sa chanson « Pegasus »
Résidant en France, Mehdi Black Wind s’était déplacé au Maroc pour rendre visite à ses proches, selon les premières informations. À peine arrivé sur le sol marocain, l’artiste a été appréhendé par les autorités. Ignacio Cembrero indique que les reproches formulés à son encontre portent directement sur « les paroles de ses chansons critiquant la monarchie ».
Moroccan rapper Mehdi Lyoubi, better known by his stage name Mehdi Black Wind, is being held in pretrial detention at Oukacha Prison in Casablanca over the lyrics of his songs criticizing the monarchy. One of them is titled #Pegasus. Living in France, he had traveled to #Morocco…
— Ignacio Cembrero (@icembrero) July 21, 2026
Une chanson qui pointe le scandale d’espionnage
Parmi les titres du rappeur figure un morceau baptisé « Pegasus ». Ce nom fait référence au célèbre logiciel espion israélien, utilisé par les services marocains depuis 2017. Cet outil aurait permis de surveiller les téléphones de journalistes et d’opposants, mais également ceux de plusieurs dirigeants étrangers.
Révélé au grand public en 2021, ce scandale d’espionnage est de nouveau au cœur de l’actualité. Ces derniers jours, de nouvelles révélations et de nouvelles preuves sont apparues, mettant sérieusement en cause le royaume marocain dans cette affaire.
Un déplacement lié à un projet cinématographique
Le journaliste français Edwy Plenel apporte une autre version des faits concernant les raisons du voyage. Selon le cofondateur de Mediapart, le rappeur se serait rendu au Maroc dans le cadre de la préparation d’un film.
« El Mahdi Lyoubi, rappeur marocain connu sous le nom de scène de Mehdi Black Wind et résident français, a été arrêté au Maroc alors qu’il effectuait des repérages pour un film. Emprisonné, il est poursuivi pour ses textes critiques envers la monarchie », a écrit Plenel sur le réseau social X.
El Mahdi Lyoubi, rappeur marocain connu sous le nom de scène de Mehdi Black Wind et résident français, a été arrêté au Maroc alors qu’il effectuait des repérages pour un film. Emprisonné, il est poursuivi pour ses textes critiques envers la monarchie. https://t.co/3pqHofyIhP
— Edwy Plenel (@edwyplenel) July 21, 2026
Ali Lmrabet dénonce une « séquestration illégale » au Maroc
L’arrestation du rappeur intervient peu de temps après celle du journaliste et opposant Ali Lmrabet. Ce dernier, établi depuis plusieurs années en Espagne, a été interpellé le samedi 11 juillet à l’aéroport de Tanger, à sa descente d’avion.
Une fois libéré, Lmrabet a livré sur X un témoignage accablant. Il y décrit les circonstances troublantes de son arrestation, ainsi que les mauvais traitements subis durant son transfert vers Casablanca.
« J’ai été remis quasi secrètement, dans un lieu caché et éloigné de l’entrée de l’aéroport, à 7 brutes armées non identifiées. Elles m’ont brutalisé avant de me jeter dans une fourgonnette sans aucun distinctif, dépourvue de sièges et de plaque d’immatriculation », a-t-il raconté.
Le journaliste évoque également un trajet éprouvant de 350 kilomètres entre Tanger et Casablanca. « J’ai effectué les 350 kilomètres dans des conditions indignes. Pendant tout le trajet, j’ai été physiquement molesté et je n’ai pas été autorisé à utiliser des toilettes », a-t-il ajouté, promettant de revenir en détail sur cette « séquestration illégale ».
7. J’ai ensuite été remis quasi secrètement, dans un lieu caché et éloigné de l’entrée de l’aéroport, à 7 brutes armées non identifiées.
Elles m’ont brutalisé avant de me jeter dans une fourgonnette sans aucun distinctif, dépourvue de sièges et de plaque d’immatriculation.
— Ali Lmrabet علي المرابط (@Alilmrabet) July 20, 2026
Ces deux affaires rapprochées illustrent une tension persistante autour de la liberté d’expression au Maroc. Elles interrogent le sort réservé aux voix dissidentes qui, depuis l’étranger, osent critiquer ouvertement les institutions du royaume.