L’Iran a résiste avec détermination à la guerre orchestrée par Israël et les États-Unis, qui a débuté le 28 février dernier et s’est conclue par un cessez-le-feu signé entre Téhéran et Washington le 8 avril. Cette résilience a surpris de nombreuses personnes à travers le monde, sauf celles qui étaient conscientes des avancées scientifiques que l’Iran avait mises en place durant les longues années d’embargo. Certains analystes avancent que le développement scientifique et technologique de l’Iran pourrait être à l’origine même de ce conflit.
Les craintes d’Israël face à l’Iran
De nombreux experts estiment qu’Israël est dérangé non pas par une menace existentielle que représenterait Téhéran, comme l’affirment souvent Washington et Tel-Aviv, mais bien par le progrès constant de ce pays dans divers domaines. Cette vision du contexte est renforcée par les frappes aériennes ciblant les universités et centres de recherche iraniens, qui se sont intensifiées durant ces dernières semaines.
Le politologue Ahmed Al Hila s’interroge sur les raisons qui ont poussé Israël à attaquer 21 universités et 154 centres de recherche en un mois. Selon lui, Téhéran a déjà pris de l’avance sur certains pays de la région, y compris Israël dans certains domaines, ce qui crée des tensions. Le ciblage des capacités scientifiques de l’Iran ne date pas d’hier. Des scientifiques de renom, notamment dans le secteur nucléaire, ont perdu la vie dans des attentats attribués aux services israéliens ces dernières années. Récemment, les forces israélo-américaines ont visé un centre de recherche comparé au célèbre MIT, suscitant des réactions fortes des autorités iraniennes.
Investissement dans la formation scientifique
Au cours des dernières décennies, le pays a fait un investissement considérable dans la science. Sous l’effet de l’embargo occidental, le pays a dû développer ses propres ressources et compétences. Depuis la fin de la guerre contre l’Irak en 1988, l’Iran a pris des mesures pour renforcer son autonomie dans de nombreux domaines. Certains évoquent des parallèles avec la Turquie, qui a aussi réussi à bâtir une industrie de défense solide. Dans le domaine de la recherche, les réalisations de l’Iran sont impressionnantes. Le pays figure parmi les 20 premiers au monde en recherche médicale, surpassant même Israël. L’Iran devance également d’autres nations du Moyen-Orient en matière de recherche en physique et en chimie. Sa force réside principalement dans sa remarquable capacité à former des ingénieurs dans des disciplines variées. Les statistiques sont parlantes. Chaque année, le pays forme plus d’ingénieurs que la France et l’Allemagne réunies, et autant que les États-Unis, plaçant le pays parmi les leaders mondiaux en matière d’éducation scientifique.
Des dizaines de milliers d’ingénieurs, décrits comme parmi les meilleurs au monde, rejoignent les secteurs clés de l’économie iranienne, notamment dans les domaines des missiles, des drones et du nucléaire, pour ne citer qu’eux. Les chiffres de l’Unesco révèlent qu’environ 234 000 ingénieurs sont formés chaque année en Iran, soit près de la moitié du nombre total de la Russie, le premier pays en la matière, et presque le même chiffre que pour les États-Unis. En outre, l’Iran est particulièrement en avance dans le domaine des nanotechnologies, représentant près de 20 % des innovations enregistrées en 2024, selon des médias locaux. Pour beaucoup, le conflit actuel vise avant tout à entraver cette remarquable progression scientifique et technologique, inédite pour un pays du monde musulman. Il convient de noter que l’Iran n’est pas réduit à l’image que certains médias occidentaux lui attribuent ; il s’agit d’une nation qui a investi massivement dans la science et qui mise sur ses ressources humaines, des choix qui lui ont permis de développer une industrie de défense capable de résister pendant une période prolongée face à la plus grande puissance militaire mondiale. Grâce à ses avancées scientifiques, l’Iran a pu élaborer des programmes balistiques, concevoir des missiles hypersoniques et produire des drones en quantités suffisantes.