L’homme d’affaires Mahieddine Tahkout, déjà condamné définitivement à 14 ans de prison, comparaissait récemment devant le Pôle pénal économique et financier pour de nouvelles accusations. Cette affaire révèle des détails troublants sur ses activités financières à l’étranger et ses prétendus avoirs dissimulés. Le prévenu risque désormais une peine supplémentaire de 15 ans d’emprisonnement ainsi que la confiscation de tous ses biens.
Une comparution sous haute tension depuis le centre pénitentiaire
Détenu à l’établissement pénitentiaire d’El Meniaa, le magnat des affaires a été jugé par visioconférence. La session s’est tenue au siège de la première annexe du Pôle économique et financier, sous la présidence du magistrat en chef. Six chefs d’inculpation pèsent sur ses épaules, dont le blanchiment d’argent au sein d’une organisation criminelle organisée, la participation au détournement de fonds publics et la violation des législations sur le contrôle des changes.
Dès l’ouverture de l’audience, le prévenu a contesté la procédure en affirmant n’avoir pas reçu le dossier du procureur général. Le président du tribunal a rétorqué que les faits lui étaient connus et que ses avocats étaient présents. Me Slim Derradji Hadjouti, membre de la défense, a sollicité l’annulation des poursuites, arguant que les mêmes faits avaient déjà fait l’objet d’une condamnation. Le magistrat a décidé de joindre ces exceptions de forme au fond de l’affaire.
Des comptes bancaires en Suisse au centre des débats
Interrogé sur ses activités financières à l’étranger, Tahkout a nié catégoriquement toutes les accusations. Le juge l’a confronté aux conclusions de l’enquête révélant des investissements créés avec des financements bancaires publics, suivis de transferts massifs en devises fortes. Des propriétés immobilières et des placements en France et en Suisse auraient servi de couverture à ces opérations de blanchiment.
Visiblement sous tension, l’accusé a violemment réagi en affirmant que ce dossier avait été monté de toutes pièces par l’ancien directeur général de la Sûreté nationale, Farid Bencheikh. Il a accusé ce dernier d’avoir rédigé un rapport mensonger prétendant qu’il détenait 1,17 milliard d’euros sur un compte suisse, somme qui aurait été transférée par son associé Djilali Mehri.
Des révélations contradictoires sur le patrimoine immobilier
Le président du tribunal a demandé précisions sur le nombre de comptes détenus en Suisse. Le prévenu a admis posséder trois comptes bancaires, dont deux vides et un troisième contenant 3,675 millions d’euros. Selon ses déclarations, ces fonds proviendraient d’une reconnaissance de dette entre lui et son partenaire en affaires Djilali Mehri, avec qui il collaborerait dans les domaines pharmaceutique et automobile en Algérie.
Concernant ses activités immobilières européennes, l’homme d’affaires a évoqué l’achat et la revente de biens à Nice, Montpellier, Lille et Paris entre 2005 et 2008. Il a affirmé que ces acquisitions étaient enregistrées au nom de Mehri, avant de se contredire à plusieurs reprises. Le magistrat a souligné l’incohérence de ses réponses, notamment sur la propriété effective de ces actifs et les modalités de partage des bénéfices.
Une stratégie défensive basée sur l’absence de preuves
Tout au long de l’interrogatoire, Tahkout a adopté une ligne de défense consistant à réclamer des preuves matérielles. Il a défié le tribunal de présenter des titres de propriété ou des certificats d’enregistrement attestant de ses possessions à l’étranger. L’accusé a même brandi des documents officiels français et suisses datant de 2019 qui certifieraient qu’il ne détient aucun bien immobilier ou entreprise en son nom.
Malgré ses dénégations, les zones d’ombre persistent sur la nature exacte de ses transactions financières internationales. Le juge a particulièrement insisté sur les transferts multiples effectués entre 2016 et 2018, que le prévenu justifie exclusivement par des prêts de son associé. Les explications floues concernant la gestion de ces opérations et l’absence de garanties formelles sur ses investissements ont renforcé les doutes du tribunal.
Des enjeux judiciaires et patrimoniaux considérables
Cette nouvelle procédure s’ajoute aux condamnations antérieures dans les dossiers de corruption impliquant le magnat. L’enquête a mis au jour un réseau complexe de transferts financiers, de sociétés écrans et de comptes offshore répartis entre plusieurs pays. Les autorités soupçonnent l’utilisation de mécanismes sophistiqués pour dissimuler l’origine des fonds et leur mouvement à travers les frontières.
Le volet concernant une éventuelle épouse dissimulée et la possession d’un jet privé demeure un mystère dans ce dossier. Ces éléments n’ont pas été explicitement abordés lors de cette audience, laissant planer de nombreuses interrogations. Les facilités bancaires obtenues et l’ampleur des montants évoqués illustrent néanmoins l’étendue présumée des malversations.
Le verdict dans cette affaire sera rendu le lundi 1er juin prochain. Si les accusations sont retenues, Mahieddine Tahkout encourt 15 années supplémentaires de détention et la saisie intégrale de ses avoirs et propriétés, tant sur le territoire national qu’à l’international. Cette décision marquera une nouvelle étape dans la lutte contre la corruption financière et le détournement de capitaux publics.
