Les incendies à Jijel ont plongé l’Algérie dans le deuil, laissant derrière eux un bilan humain accablant. En quelques minutes seulement, une vaste zone de cette wilaya du nord-est du pays s’est muée en fournaise, mercredi dernier. Un habitant, témoin direct de la catastrophe, livre un récit bouleversant de ce qu’il a vu.
Écouter le témoignage de cet homme exige une certaine force de caractère. La quarantaine, une casquette verte sur la tête et un bouton de fièvre à la lèvre, il s’exprime rapidement, encore submergé par l’émotion. Les scènes dont il a été le témoin resteront gravées dans sa mémoire à jamais.
Incendies à Jijel : le témoignage glaçant d’un survivant
Ce que cet homme a découvert le hantera probablement toute sa vie. Plusieurs de ses voisins ont péri dans cette tragédie sans précédent. Sa mère, gravement brûlée, est aujourd’hui hospitalisée et lutte contre ses blessures.
Marqué par les images terrifiantes gravées dans sa mémoire, ce rescapé présent sur les lieux lors des feux de forêt raconte l’ampleur du désastre. D’après lui, les flammes ont laissé un décor apocalyptique, semé de victimes retrouvées carbonisées. Les recherches se poursuivent pour localiser les personnes toujours portées disparues.
Un paysage d’apocalypse après le passage des flammes
C’est la demeure de ses parents qui a été réduite en cendres, tandis que la sienne a été préservée. « J’ai reçu un appel. On m’a demandé de venir aider à récupérer les corps », relate-t-il. Avec d’autres habitants, il s’est précipité vers la zone où le feu progressait.
Les forces de sécurité ont d’abord bloqué leur accès, en raison de l’intensité du brasier. « Quand les flammes ont enfin faibli, nous avons pu monter, et un spectacle d’horreur inouï nous attendait », poursuit-il, encore sous le choc.
Le survivant décrit une atmosphère suffocante. « L’air était presque irrespirable tant la fumée était épaisse. En avançant, nous tombions sur des carcasses de bétail calcinées et des corps humains carbonisés. En entrant dans une maison, nous avons trouvé un homme mort dans les décombres encore fumants. » Il retire alors sa casquette pour montrer une plaie : « Une tuile m’est tombée sur le crâne ici. »
Sans nouvelles de sa mère pendant de longues heures
À ce moment-là, il ignore encore si sa mère, qui vit plus en hauteur, a survécu. « On m’avait prévenu qu’elle était dans un état critique », confie-t-il. Finalement, c’est son père qui l’a transportée à l’hôpital, accompagné d’autres voisins également touchés par les brûlures.
« Au moment où je vous parle, ma mère est soignée à l’hôpital des Grands brûlés de Zeralda », précise ce rescapé des incendies de Jijel, la voix nouée par l’angoisse.
La peau des victimes se désagrège au moindre contact
Pour ce villageois venu prêter main-forte, la vision est insoutenable. Des dépouilles carbonisées jonchent le sol au milieu d’un décor de fin du monde. Récupérer les corps s’est révélé impossible dans un premier temps.
« Dès qu’on touche un bras, une jambe ou un visage, la peau se détache et part en morceaux entre les doigts, au moindre effleurement », témoigne-t-il, encore ébranlé. Il a fallu attendre l’arrivée des équipes de la protection civile pour rassembler les restes.
Ces derniers ont ensuite été transférés vers un dispensaire, où un tri a été effectué entre l’acheminement à la morgue et l’évacuation vers l’hôpital des grands brûlés. Une organisation dictée par l’urgence face à l’ampleur du drame.
De nombreuses personnes toujours portées disparues
Au-delà des morts, des blessés et des brûlés, ce sont aussi des disparus dont les corps sont découverts au fil des jours. Plusieurs habitants demeurent introuvables, alors que les opérations de recherche continuent dans la région sinistrée.
Les villageois eux-mêmes continuent de tomber sur des dépouilles. « Quand cela arrive, ils appellent aussitôt les secours de la protection civile pour signaler leur découverte », explique le témoin, dont le récit reste profondément bouleversant.
L’homme poursuit en énumérant les noms de ses voisins retrouvés carbonisés plusieurs jours après l’extinction des feux, et qui attendent encore une sépulture décente. Un décompte macabre qui illustre la brutalité de cette catastrophe.
Ce témoignage, comme tant d’autres, révèle la violence extrême des incendies qui ont ravagé Jijel, aux conséquences humaines et matérielles considérables. Au cœur de ce drame, un formidable mouvement de solidarité a néanmoins émergé, citoyens et associations se mobilisant sans attendre pour secourir les sinistrés. Désormais que les flammes se sont éteintes, c’est cette chaîne humaine qui ravive l’espoir des rescapés.

