La guerre en Iran expose la vulnérabilité des États du Golfe et inquiète le Maghreb. Les pays de la région réévaluent leurs alliances et stratégies face aux tensions internationales. Une réorganisation stratégique apparaît indispensable pour sécuriser énergie et souveraineté.
Guerre en Iran : Un constat alarmant sur la protection des États du Golfe
La guerre en l’Iran, qui s’étend désormais sur plusieurs semaines, révèle des vérités essentielles, bien au-delà de ses impacts économiques. La sécurité, que certains pays du Golfe pensaient pouvoir garantir grâce à la présence des grandes puissances, s’avère être largement inefficace. L’expérience récente des Émirats arabes unis, du Bahreïn, du Qatar, de la Jordanie, du Koweït, et à un degré moindre, de l’Arabie saoudite, illustre cette réalité : non seulement ces nations ne bénéficient pas de la protection attendue des États-Unis face aux attaques par missiles et drones iraniens, mais elles sont également contraintes de sécuriser elles-mêmes les bases militaires américaines situées sur leur territoire.
Ces pays ont investi massivement dans l’acquisition d’équipements militaires américains et ont consacré des sommes élevées à des projets sur le sol américain, espérant ainsi renforcer leur sécurité avec le soutien de la première superpuissance mondiale.
Un sentiment de délaissement croissant
Hasni Abidi, expert en affaires arabes et directeur du Cermam (Centre de recherche sur le monde arabe et méditerranéen) à Genève, indique que cet épisode marque un tournant. Il souligne que, malgré les relations étroites que les États du Golfe entretiennent avec les États-Unis – allant des systèmes de défense aérienne aux bases militaires – un sentiment d’abandon se fait ressentir. Pour lui, la demande actuelle faite aux États du Golfe d’assumer la protection des bases américaines, alors que leur propre sécurité est en jeu, est révélatrice d’une évoluation inquiétante.
Nayef bin Nahar, universitaire qatari, partage ce sentiment et va même plus loin en accusant les États-Unis et Israël de porter un regard sur l’ensemble du Moyen-Orient, avec une attention particulière sur le Golfe et l’Iran. Selon lui, l’objectif est double : renverser le régime en Iran et affaiblir la structure du Golfe, préparant ainsi le terrain pour de futurs bouleversements régionaux.
La guerre en Iran : une crise majeure pour le Maghreb
Hasni Abidi évoque une perception du conflit au Maghreb comme étant une crise significative, non seulement dans le cadre du système international, mais aussi en rapport avec le déclin apparent du rôle des Nations unies. Dans cette conjoncture, les pays du Maghreb restent attachés au respect des normes et cadres internationaux.
Il fait remarquer que cette guerre met en lumière l’affaiblissement des instances internationales, qui engendre des effets directs sur les pays du Maghreb, tant sur le plan énergétique que sécuritaire et politique. Abidi souligne que cette situation pourrait donner naissance à de nouvelles alliances, alors que les pays du Golfe commencent à douter de l’efficacité du parapluie sécuritaire américain. Les nations du Maghreb, de leur côté, se questionnent aussi sur les potentiels impacts de ce conflit sur leur position à l’échelle internationale.
Il conclut en affirmant que seule l’alliance entre les États-Unis et Israël semble robuste face aux tumultes actuels, tandis que d’autres partenaires apparaissent vulnérables. Paradoxalement, les alternatives à l’hégémonie américaine, comme la Russie ou la Chine, semblent également limitées dans leur capacité à fournir une protection adéquate. La Russie, impliquée dans le conflit en Ukraine, semble privilégier ses propres enjeux stratégiques, tandis que la Chine se concentre sur ses préoccupations commerciales, laissant par là même une impression d’abandon chez les pays qui cherchent une protection.
Une nécessité de repenser les stratégies au Maghreb
L’article met en lumière que, dans un contexte d’incertitude internationale, une réévaluation stratégique apparaît indispensable pour les pays du Maghreb. L’Algérie, qui prône un non-alignement inspiré de son passé révolutionnaire, a commencé à diversifier ses partenariats. Cependant, cette démarche semble insuffisante face aux nouveaux défis.
Abidi souligne que chaque nation du Maghreb doit réfléchir à ses propres intérêts afin de diversifier ses relations stratégiques et surtout d’assurer une protection nationale. Ce constat concerne l’ensemble des pays de la région, notamment le Maroc et la Tunisie, qui doivent également prendre en compte leur dépendance énergétique et les enjeux commercialisés croissants.
Pour finir, Abidi insiste sur le fait que les répercussions de cette guerre en Iran redéfinissent les priorités sur la scène internationale, alors que l’Europe doit également composer avec ses propres enjeux, comme le conflit ukrainien. Dans cette optique, les pays du Maghreb devront naviguer avec soin dans les mois à venir afin de réajuster leurs priorités stratégiques.