Le Royaume du Maroc fait face aux effets néfastes de la guerre en cours au Moyen-Orient, mais doit également gérer les conséquences de son antagonisme envers l’Algérie, son voisin immédiat.
Interruption des approvisionnements en gaz
Suite à une réduction des livraisons de gaz en provenance d’Espagne, le Maroc se voit contraint d’opter pour des alternatives énergétiques, notamment le charbon. D’après les informations fournies par le cabinet North Africa Risk Consulting (NARCO) et relayées par la plateforme américaine Energy News, les envois de gaz naturel d’Espagne vers le Maroc ont été suspendus pendant quatre jours la semaine dernière. Ces flux, qui ont repris le 25 mars 2026, demeurent à un niveau réduit, inférieur de 20 % par rapport à la normale. De plus, il y a eu une nouvelle interruption des livraisons de gaz durant la journée du 27 mars, avant de reprendre à nouveau, mais toujours à des niveaux faibles.
Le Maroc reçoit son gaz naturel par le biais du gazoduc Maghreb-Europe (GME), qui assure une connexion entre l’Algérie et l’Espagne en passant par le Royaume. Ce gazoduc a été fermé en 2021, et depuis, il est utilisé dans le sens inverse pour acheminer du gaz d’Espagne vers le Maroc. Avant sa fermeture, ce gazoduc permettait au Maroc de prélever une partie du gaz en tant que droit de passage, fournissant ainsi de l’énergie aux centrales électriques situées dans la région est du pays.
La brusque diminution des approvisionnements d’Espagne intervient alors même que le Maroc avait enregistré une forte augmentation de ses importations de gaz en début d’année 2026. En janvier, celles-ci ont progressé de 22,3 % par rapport à l’année précédente, atteignant environ 822 gigawattheures. Cela représente environ 21,7 % des exportations totales de gaz espagnol, plaçant ainsi le Maroc en troisième position parmi les principaux clients de l’Espagne, juste derrière le Portugal et la Turquie.
Face aux perturbations provoquées par la guerre en Iran, l’Espagne semble avoir des difficultés à maintenir le volume de ses envois vers le Maroc, ce qui a conduit le ministre des Affaires étrangères de ce pays à se rendre en Algérie pour demander un accroissement des livraisons via le gazoduc Medgaz, encore opérationnel. La situation du Maroc est très préoccupante.
Selon NARCO, la réduction des approvisionnements en gaz perturbe l’équilibre de son système énergétique, en particulier en période de forte demande intérieure d’électricité. Pour remédier à cette situation, les autorités marocaines envisagent d’augmenter les importations de gaz naturel liquéfié (GNL). Cependant, il est difficile de trouver des fournisseurs dans un marché déjà sous tension, notamment suite à l’interruption des exportations du Qatar.
Recours accru au charbon
Les observateurs jugent que cette crise met en lumière les difficultés auxquelles le Maroc est confronté en raison de sa dépendance à une seule voie d’approvisionnement : celle passant par la regazéification du GNL en Espagne avant d’être réinjecté dans le gazoduc Maghreb-Europe. La situation met également en avant la vulnérabilité du système d’approvisionnement du Maroc, qui manque de capacités de stockage efficaces pour pallier les chocs imprévus du marché.
Faute de solution alternative, les autorités sont ainsi contraintes de recourir davantage au charbon afin de répondre aux besoins de leurs centrales électriques pendant les heures de pointe. Les conséquences de cette crise devraient inciter le Maroc à poursuivre une transition énergétique, mais dans le sens inverse, vers le charbon, qui s’avère moins coûteux que le GNL proposé sur le marché, malgré son impact environnemental négatif. Cela se produit au moment où les énergies renouvelables ne représentent qu’une faible part, à peine 6,5 %, de la production d’électricité dans le pays. Avec des relations améliorées avec l’Algérie, aujourd’hui sollicitée pour son gaz, le Maroc n’aurait probablement pas dû faire face à cette situation difficile.
Le maroc ne peut pas importer du GNL par manque d’installation de conversion en gaz utilisable ( vapeur).