Les expulsions des sans-papiers algériens s’imposent comme une donnée majeure du paysage migratoire européen. D’après les chiffres récents diffusés par Eurostat, les ressortissants algériens constituent la nationalité la plus visée par les décisions d’éloignement adoptées par les États membres durant le premier trimestre 2026.
Sur la période allant de janvier à mars 2026, 11 105 Algériens ont reçu une injonction de quitter le territoire européen. Ce total représente 10,2 % des 108 475 décisions comptabilisées à l’échelle de l’ensemble de l’Union européenne.
Expulsions des sans-papiers algériens : plus de 11 000 mesures en un trimestre
Les données publiées par l’office statistique européen révèlent que la France conserve son rang de premier émetteur de décisions d’éloignement. L’Hexagone a prononcé 34 880 mesures au premier trimestre 2026, loin devant l’Allemagne, qui en enregistre 10 360, et l’Espagne, créditée de 9 275 décisions.
Les ressortissants algériens occupent la première place parmi les nationalités concernées. Ils devancent les Marocains, visés par 6 435 mesures sur la même période. Réunies, ces deux nationalités totalisent plus de 16 % de l’ensemble des injonctions de départ recensées dans l’Union.
Le nombre de décisions ciblant les Algériens marque toutefois un repli de 10,8 % par rapport au dernier trimestre 2025. Malgré cette baisse, ils demeurent le groupe le plus touché par ces procédures administratives d’éloignement.
Des reconduites qui peinent à se concrétiser
Une décision d’éloignement ne débouche pas toujours sur un retour effectif vers le pays d’origine. Les statistiques européennes montrent que les Algériens ne figurent pas parmi les nationalités les plus fréquemment reconduites hors du territoire de l’Union.
Plusieurs freins administratifs expliquent cet écart, à commencer par l’obtention des laissez-passer consulaires. Ces documents, délivrés par le pays d’origine, restent indispensables pour organiser matériellement une expulsion.
Un taux d’exécution historiquement bas
Des rapports de la Commission européenne le confirment : en 2023, seulement 9,62 % des mesures de retour visant des Algériens avaient réellement abouti. Ce chiffre illustre les difficultés persistantes que rencontrent de nombreux États membres pour appliquer leurs décisions.
Ce faible pourcentage traduit un fossé structurel entre les intentions affichées par les administrations et la réalité des reconduites. La coopération consulaire apparaît comme le principal levier pour réduire cet écart.
La France, épicentre du dossier des expulsions
L’essentiel des décisions concernant les ressortissants algériens émane des autorités françaises. Dans ce pays, la gestion des obligations de quitter le territoire français (OQTF) reste un axe central du débat sur l’immigration.
Cette concentration s’explique par l’importance de la communauté algérienne présente sur le sol français. Les tensions autour de la politique migratoire y placent régulièrement la question des éloignements au premier plan de l’actualité politique.
Des routes migratoires en pleine recomposition
Au-delà des décisions administratives, les trajectoires migratoires évoluent en Méditerranée occidentale. Selon les relevés de Frontex, la route algérienne s’est hissée parmi les principaux points de départ vers l’Espagne.
Cet axe conduit notamment vers les îles Baléares, devenues un point d’arrivée sensible. Cette dynamique confirme que le corridor entre l’Algérie et le littoral espagnol gagne en importance dans les flux vers l’Europe.
Un décalage persistant entre décisions et application
Les nouvelles données d’Eurostat mettent en évidence deux réalités difficilement conciliables. D’un côté, un nombre élevé de mesures d’éloignement visant les Algériens. De l’autre, une exécution qui reste très limitée sur le terrain.
Ce contraste souligne les limites concrètes des politiques de retour au sein de l’Union européenne. Les obstacles consulaires et diplomatiques continuent de peser lourdement sur l’efficacité de ces dispositifs.
Les expulsions des sans-papiers algériens demeurent ainsi un enjeu de premier ordre pour Bruxelles et les capitales européennes. L’écart entre le volume des décisions prononcées et la faiblesse des reconduites effectives devrait rester au centre des discussions migratoires dans les mois à venir.
