Le dinar algérien face à l’euro et au dollar affiche une remarquable stabilité en ce début du mois d’août sur le marché parallèle. Au Square Port-Saïd d’Alger, épicentre du change informel, les monnaies étrangères ne parviennent pas à franchir leurs seuils habituels. Une situation qui intrigue, alors que plusieurs éléments plaidaient plutôt en faveur d’une hausse des devises.
Le dinar algérien maintient sa position face à l’euro
Ce samedi 8 août, la monnaie unique européenne s’échangeait à 276 dinars au Square Port-Saïd. Un niveau identique à celui enregistré le dimanche 26 juillet dernier. L’euro reste ainsi bloqué sous la barre symbolique des 280 dinars.
Par rapport au 1ᵉʳ août, la devise européenne n’a grappillé qu’un seul dinar. Cette progression minime confirme la tendance à la stagnation observée depuis plusieurs semaines sur le marché noir des changes.
Cette immobilité surprend d’autant plus que la saison estivale, marquée par les départs en voyage, stimule habituellement la demande de devises et pousse les cours vers le haut.
Le dollar recule légèrement sur le marché parallèle
Du côté du billet vert, le mouvement est également contenu. Le dollar américain se négociait à 239,5 dinars, contre 240,5 dinars le 26 juillet. Une légère baisse qui traduit là aussi une phase d’attentisme.
La devise américaine gravite désormais autour du seuil des 240 dinars. Elle ne s’écarte franchement ni vers le haut ni vers le bas, à l’image de sa consœur européenne.
Des cours officiels tout aussi figés
Sur le marché interbancaire officiel, la même stabilité prévaut pour le dinar algérien. Vendredi, l’euro était coté à 153,28 dinars, contre 153,36 dinars la veille, un écart quasi insignifiant.
Le dollar, lui, s’établissait à 132,89 dinars, contre 132,82 dinars la journée précédente. Les prochaines cotations officielles étaient attendues pour le lundi 10 août.
Marché noir des devises : trois facteurs pour comprendre
Interrogé sur cette accalmie, l’économiste Brahim Guendouzi met en avant trois raisons expliquant la stabilité de l’euro et du dollar face au dinar au Square Port-Saïd.
Selon lui, la demande sur le circuit informel s’est nettement ralentie. Ce repli s’explique d’abord par le nouveau dispositif de déclaration des devises lors des entrées et sorties du territoire national.
Le spécialiste évoque ensuite le durcissement des contrôles douaniers. Enfin, il pointe la réduction des déplacements des Algériens vers l’étranger, en particulier vers les destinations européennes.
L’effet attentiste de la nouvelle allocation touristique
Concernant la réforme de l’allocation touristique de 750 euros, désormais versée sans espèces, l’économiste parle d’une posture d’observation. De nombreux demandeurs adoptent une attitude de « wait and see ».
Cette prudence concerne notamment les voyageurs qui se rendent en Tunisie, l’une des destinations estivales privilégiées par les Algériens. Beaucoup préfèrent temporiser avant d’engager leurs démarches.
Ce que change la réforme du droit de change pour voyage
Depuis le 19 juillet, l’allocation touristique n’est plus remise en liquide. Le droit de change pour voyage transite exclusivement par un compte en devises ouvert auprès d’une banque en Algérie.
Concrètement, les voyageurs doivent désormais ouvrir ce compte devise, puis solliciter une carte bancaire internationale. Les délais de traitement varient sensiblement d’un établissement bancaire à un autre.
Ce mécanisme entraîne fréquemment un retard dans la mise à disposition des fonds. Auparavant, l’allocation était directement remise en espèces aux bénéficiaires dans les ports et aéroports du pays.
Pas de ruée malgré la haute saison
On aurait pu craindre que ce changement provoque un afflux massif de demandeurs vers le change parallèle. Beaucoup auraient pu s’y tourner pour obtenir rapidement leurs devises en pleine période de vacances.
Or, ce scénario ne s’est pas concrétisé. Aucune ruée n’a été constatée sur le marché noir des devises, ce qui contribue à maintenir l’euro et le dollar à des niveaux stables face au dinar.
Cette absence de pression sur la demande confirme les explications avancées par les économistes. Le durcissement réglementaire et la baisse des déplacements semblent avoir neutralisé les effets attendus de la réforme.
La stabilité du dinar algérien face aux principales devises sur le marché parallèle illustre un équilibre inédit en pleine saison estivale. Reste à savoir si cette accalmie se prolongera une fois passée la phase d’adaptation à la nouvelle allocation touristique, ou si la demande finira par repartir à la hausse.